RDC : vers un tribunal pénal économique et financier, la fin de l’impunité annoncée ?

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En adoptant, le vendredi 13 février 2026, le projet d’ordonnance-loi portant création d’un tribunal pénal économique et financier ainsi que de son parquet national spécialisé, le gouvernement congolais pose un acte fort. Présenté par le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, le texte marque une nouvelle étape dans la lutte contre la corruption et les crimes financiers qui fragilisent l’État depuis des décennies.

L’initiative ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un long processus entamé bien avant l’alternance politique de 2019. En 2015 déjà, sous la présidence de Joseph Kabila, Emmanuel Luzolo Bambi avait été nommé conseiller spécial en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Malgré des poursuites engagées à l’époque, les dossiers emblématiques n’avaient pas prospéré. Le manque de structures judiciaires adaptées constituait l’un des principaux freins.

Avec l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir, plusieurs institutions de contrôle ont été redynamisées : l’Inspection générale des finances (IGF), la Cour des comptes, ainsi que l’Agence présidentielle de lutte contre la corruption (APLC). Les enquêtes menées ces dernières années ont mis en lumière des mécanismes sophistiqués de détournement de fonds publics et de fraude financière. Pourtant, la chaîne judiciaire est souvent restée incomplète, faute de juridictions spécialisées capables de traiter des dossiers complexes et sensibles.

C’est précisément cette lacune que la réforme entend combler. Le futur tribunal sera compétent pour connaître des infractions économiques et financières majeures : détournement de deniers publics, blanchiment, fraudes d’envergure, circuits financiers illicites. Il sera appuyé par un parquet national spécialisé chargé des enquêtes et des poursuites. L’ambition affichée est claire : professionnaliser, accélérer et sécuriser le traitement des contentieux financiers.

Le texte a été enrichi et amendé au fil des étapes institutionnelles, notamment par la commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale. Le gouvernement affirme avoir renforcé la cohérence juridique et l’efficacité opérationnelle du dispositif.

Mais l’adoption d’un texte ne garantit pas son efficacité. Les véritables enjeux se situent désormais dans l’application. Recrutement de magistrats compétents, formation spécialisée, moyens logistiques suffisants, indépendance institutionnelle, protection des lanceurs d’alerte, coopération internationale et mécanismes de recouvrement des avoirs : autant de défis déterminants.

Cette réforme porte une forte charge symbolique. Elle envoie un signal aux investisseurs, aux partenaires internationaux et à la société civile : l’État congolais affirme vouloir structurer sa réponse face à la criminalité économique. Mais l’histoire récente invite à la prudence. La crédibilité du nouveau tribunal dépendra de sa capacité à juger, condamner et récupérer effectivement les fonds détournés, sans interférences politiques.

La République démocratique du Congo dispose désormais d’un outil juridique ambitieux. Reste à savoir si elle saura en faire un véritable levier de justice et de transformation institutionnelle ou s’il rejoindra la longue liste des réformes prometteuses restées inachevées.

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