Le géant suisse des matières premières Glencore renforce ses positions dans le cuivre en République démocratique du Congo (RDC), au moment même où il enregistre une troisième baisse annuelle consécutive de ses bénéfices. Derrière cette apparente contradiction se dessine une stratégie claire : parier sur la croissance structurelle de la demande mondiale en cuivre, métal clé de la transition énergétique, en s’appuyant notamment sur le potentiel du sous-sol congolais.
La société a récemment finalisé un accord d’accès aux terrains avec la Gécamines pour ses opérations à Kamoto Copper Company (KCC), dans la région de Kolwezi. Cet accord ouvre des zones minéralisées jusque-là inaccessibles et prolonge la durée de vie de la mine jusqu’au milieu des années 2040. L’objectif affiché est ambitieux : atteindre une production annuelle de 300 000 tonnes de cuivre. Pour la RDC, premier producteur africain du métal rouge, cette évolution est stratégique. Elle consolide la place du pays dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, tout en renforçant les recettes fiscales, les redevances minières et les emplois directs et indirects.
Sur le plan financier, Glencore prévoit quasiment de doubler sa production de cuivre d’ici 2035. Selon les estimations des analystes, les dépenses de développement pourraient culminer à 4,5 milliards de dollars en 2031, avec un pic d’investissement total pouvant atteindre près de 11 milliards de dollars en incluant les dépenses de maintien. La direction assure que cette croissance sera autofinancée grâce à une amélioration attendue de l’EBITDA, qui pourrait atteindre entre 16 et 20 milliards de dollars d’ici 2030. En 2025, l’EBITDA ajusté s’est établi à 13,51 milliards de dollars, en recul de 6 % sur un an, principalement en raison de la faiblesse des prix du charbon. Toutefois, ce résultat dépasse les prévisions du marché, signe d’une certaine résilience.
Pour la RDC, ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils traduisent des enjeux très concrets : stabilité des recettes publiques, financement des infrastructures, développement local et attractivité pour les investisseurs étrangers. La montée en puissance de KCC pourrait générer davantage de sous-traitance locale et d’opportunités pour les PME congolaises, à condition que les politiques de contenu local soient effectivement appliquées et contrôlées. Les jeunes entrepreneurs congolais, notamment dans les services miniers, la logistique ou la maintenance industrielle, ont là un espace à conquérir.
En parallèle, Glencore n’exclut pas des partenariats stratégiques pour partager les risques financiers liés à ses grands projets. L’entreprise est également engagée dans des discussions pour céder une participation de 40 % dans ses activités de cuivre et de cobalt en RDC à un consortium soutenu par les États-Unis. Cette ouverture du capital pourrait redistribuer les équilibres géopolitiques autour des minerais stratégiques congolais, dans un contexte de rivalité accrue entre grandes puissances pour sécuriser l’accès aux ressources critiques.
Malgré la baisse des bénéfices, le groupe maintient une politique généreuse envers ses actionnaires, avec une distribution de 2 milliards de dollars. Sa dette nette reste stable à 11,2 milliards de dollars, un niveau supérieur à son objectif interne, mais jugé maîtrisable. Après l’échec de discussions de rapprochement avec Rio Tinto, la direction affirme rester favorable à une consolidation du secteur minier.
Pour la RDC, la stratégie de Glencore confirme une tendance lourde : le cuivre congolais est au cœur des enjeux énergétiques mondiaux. Reste à transformer cette dynamique en levier durable de développement, en veillant à une gouvernance transparente, à une fiscalité efficace et à une meilleure redistribution des richesses au profit des communautés locales.



