RDC: Pékin bloque Washington, bras de fer diplomatique autour du commandement de la MONUSCO

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La succession à la tête de la MONUSCO, la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (RDC), se transforme en un affrontement diplomatique de haute intensité entre les deux superpuissances mondiales. Alors que Washington pousse pour nommer l’un de ses candidats à la direction de cette mission critique, Pékin oppose un refus catégorique, bloquant toute avancée. Résultat : la MONUSCO, déjà fragilisée par une transition délicate et un contexte sécuritaire explosif, est en pleine paralysie institutionnelle.

Depuis le départ anticipé de Bintou Keïta, ancienne cheffe de la MONUSCO, les Nations unies cherchent un successeur capable de piloter la sortie progressive de la mission, tout en soutenant les efforts de paix dans l’est du Congo. Selon plusieurs sources diplomatiques, la Chine a utilisé son droit de veto au Conseil de sécurité pour bloquer les candidats soutenus par les États-Unis.

Parmi ces candidats figuraient David Gressly, ancien coordinateur humanitaire de l’ONU en RDC, et James Swan, diplomate américain chevronné ayant dirigé plusieurs missions en Afrique, dont l’ambassade américaine à Kinshasa. Des profils expérimentés, mais visiblement jugés trop proches des intérêts de Washington par Pékin.

Dans l’architecture de l’ONU, toute nomination à un poste de haut niveau requiert un consensus tacite entre les membres permanents du Conseil de sécurité, dont la Chine et les États-Unis. Ce blocage diplomatique révèle un déplacement du conflit d’influence sino-américain vers les arènes multilatérales, notamment en Afrique centrale.

Pour Pékin, le leadership d’une mission aussi stratégique que la MONUSCO ne peut être confié à une figure associée à Washington dans un contexte où la Chine défend activement ses intérêts économiques en RDC, notamment dans le secteur minier. Le refus chinois peut ainsi être perçu comme une contre-mesure à l’accord sur les minerais récemment signé entre la RDC et les États-Unis.

L’absence de leadership clair à la MONUSCO intervient à un moment critique pour la RDC. La mission onusienne est engagée dans un processus de retrait progressif, souhaité par Kinshasa et prévu pour s’achever d’ici 2025. Or, ce désengagement doit se faire en coordination avec les autorités congolaises et les acteurs régionaux, dans un contexte de violences persistantes à l’Est, où des groupes armés comme le M23 ou les ADF continuent de semer la terreur.

Le vide laissé par le départ de Bintou Keïta, sans successeur nommé, ralentit la mise en œuvre de ce retrait, complique la coordination avec les FARDC et fragilise les capacités de réponse humanitaire et sécuritaire de l’ONU dans la région.

Pour Kinshasa, cette confrontation entre les deux géants diplomatiques est une équation délicate. D’un côté, le gouvernement congolais cherche à valoriser son partenariat stratégique avec les États-Unis, symbolisé par l’accord de décembre 2025 sur l’accès préférentiel aux ressources minières. De l’autre, la Chine reste un investisseur clé, particulièrement dans le secteur minier, avec un poids économique considérable.

Cette rivalité oblige les autorités congolaises à manœuvrer avec prudence, afin d’éviter de s’aliéner l’un ou l’autre partenaire. Mais elle met également en lumière la faible marge de manœuvre des pays africains dans la gestion des instances multilatérales, souvent otages des luttes d’influence entre puissances extérieures.

Face à l’impasse, plusieurs scénarios sont évoqués à New York : le prolongement temporaire d’un mandat intérimaire, le recours à un candidat de compromis issu d’un pays tiers, ou encore une pression accrue des États membres africains pour accélérer le processus de nomination.

Mais au-delà des jeux diplomatiques, la question fondamentale reste celle de l’efficacité de la MONUSCO sur le terrain. Sans direction claire, sans vision stratégique renouvelée et sans soutien consensuel au Conseil de sécurité, la mission risque de perdre en légitimité et en capacité opérationnelle, au moment même où les populations congolaises ont le plus besoin d’un appui international fort.

Le blocage actuel illustre un phénomène plus large : la politisation croissante des missions de paix de l’ONU, dans un monde marqué par le retour des tensions entre grandes puissances. La RDC, par sa position géostratégique et la richesse de ses ressources, se retrouve une fois de plus au cœur de ces dynamiques globales.

Pour les Congolais, l’enjeu est pourtant clair : sortir durablement du cycle de la violence, renforcer la souveraineté nationale et garantir la paix dans l’Est du pays. Encore faut-il que les acteurs internationaux cessent de se battre pour le contrôle des institutions, et commencent à écouter les besoins réels du terrain.

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