Dans une manœuvre diplomatique et économique stratégique, la République démocratique du Congo (RDC) vient de remettre aux autorités américaines une liste rigoureusement sélectionnée de projets miniers et industriels, destinés à accueillir des investissements venus des États-Unis. C’est, à ce jour, le signal le plus concret de la volonté conjointe de Kinshasa et Washington de rééquilibrer la chaîne d’approvisionnement mondiale en minerais critiques, dominée par la Chine.
Selon des informations obtenues par Reuters, cette liste transmise aux officiels américains la semaine dernière comprend les permis de manganèse, d’or et de cassitérite de Kisenge ; le projet cuivre-cobalt Mutoshi, détenu par Gécamines ; une initiative de transformation du germanium ;
quatre permis aurifères de la société Sokimo ; les licences de lithium de Cominière et les actifs de coltan, or et wolframite de Sakima.
Ces projets sont proposés dans le cadre d’un partenariat stratégique sur les minerais, lié aux accords de paix et d’investissement récemment signés entre Kinshasa et Washington. L’objectif est clair : permettre aux entreprises américaines d’accéder directement aux richesses du sous-sol congolais, notamment en cuivre, cobalt, lithium et tantale — des matériaux clés pour la transition énergétique, les systèmes de défense et les technologies avancées.
Un tournant pour la politique minière américaine
Cette initiative survient dans un contexte d’évolution majeure de la politique américaine sur les métaux stratégiques. Les analystes de BMO, Helen Alamos et George Heppel, estiment que la redéfinition de la doctrine Monroe sous l’administration Trump représente un point d’inflexion historique. Washington ne cache plus son ambition de réduire sa dépendance vis-à-vis des métaux chinois et de sécuriser des approvisionnements alternatifs en Afrique.
Les analystes soulignent également que les importants volumes de cuivre accumulés par les États-Unis ces derniers mois pourraient être partiellement libérés sur le marché, contribuant à stabiliser les prix. Toutefois, une hypothèse de hausse durable des stocks comparable à celle observée durant la Guerre froide reste sur la table.
Une contre-offensive face à l’emprise chinoise
Aujourd’hui, les entreprises chinoises notamment CMOC, Zijin et Huayou contrôlent environ 80 % de la production minière en RDC, notamment dans les secteurs du cuivre et du cobalt. Une domination renforcée par des décennies d’accords commerciaux avantageux et un désengagement progressif des pays occidentaux, réticents face aux risques liés à la corruption, aux conflits armés et à l’instabilité logistique.
En 2007, Kinshasa avait accordé des exonérations fiscales aux investisseurs chinois jusqu’en 2040, en échange d’un engagement d’investissement de 9 milliards de dollars dont seuls 6 milliards se sont concrétisés. Aujourd’hui, avec le retour au pouvoir du Président Trump depuis janvier 2025, les États-Unis semblent prêts à rentrer dans la course, avec l’objectif de concurrencer l’hégémonie asiatique.
Cette ouverture minière s’inscrit également dans le cadre des “Accords de Washington”, un pacte de paix entre la RDC et le Rwanda, soutenu par les États-Unis. En échange de leur rôle de facilitateur dans le processus de stabilisation régional, les Américains obtiennent un accès privilégié aux investissements miniers.
Pour Kinshasa, il s’agit d’un double levier stratégique : pacifier l’Est du pays tout en diversifiant les partenariats économiques et en renforçant sa souveraineté sur les ressources naturelles.
Enjeux pour les acteurs économiques congolais
L’arrivée potentielle de capitaux américains pourrait entraîner un renforcement des normes industrielles, un transfert de technologie, et une meilleure structuration des filières locales. Pour les PME congolaises et les sous-traitants, cela représente une opportunité de croissance et de montée en compétences.
Cette nouvelle attractivité impose également à l’État congolais d’accélérer les réformes : sécurisation du climat des affaires, transparence des contrats miniers, renforcement de la gouvernance dans le secteur extractif.
Avec cette ouverture sans précédent envers les États-Unis, la RDC affirme son rôle stratégique dans la reconfiguration des chaînes mondiales d’approvisionnement en minerais critiques. Dans un monde en quête de sécurité énergétique et technologique, le sous-sol congolais devient plus que jamais un enjeu géopolitique majeur.
La question demeure : Kinshasa saura-t-elle tirer un bénéfice durable de cette rivalité entre grandes puissances, au profit de son peuple et de son développement économique ?



