RDC : vers un rebond de 3 milliards $ pour le négociant public d’or après l’invasion de Bukavu

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Alors que les cours mondiaux de l’or atteignent des sommets historiques, la République démocratique du Congo pourrait transformer cette conjoncture en véritable levier de croissance économique. DRC Gold Trading SA, entreprise publique spécialisée dans la commercialisation de l’or artisanal, vise cette année des exportations de près de 3 milliards de dollars, malgré les lourds revers subis en 2025, notamment l’occupation rebelle de la ville stratégique de Bukavu.

Début 2025, le contexte semblait idéal pour un essor sans précédent. L’entreprise venait de racheter les parts de son partenaire émirati Primera Group Ltd., consolidant ainsi un contrôle national sur l’exportation de l’or congolais. Avec des prix de l’or ayant plus que doublé en deux ans, les perspectives d’injection d’un milliard de dollars dans l’économie formelle étaient à portée de main. Mais en février, tout bascule. Des rebelles soutenus par le Rwanda envahissent Bukavu, siège de la société. Le personnel fuit, les opérations sont stoppées net, et le frère du directeur général Joseph Kazibaziba est tué sous les yeux de sa famille. « C’était une année très, très compliquée », confie-t-il depuis son nouveau bureau à Kinshasa.

Malgré cette tragédie et l’occupation persistante de Bukavu par le M23, Kazibaziba poursuit l’expansion de la société dans huit autres provinces du pays. Il espère exporter jusqu’à 18 tonnes d’or d’ici fin 2026, une quantité dont la valeur avoisine les 3 milliards de dollars. Une telle performance permettrait de faire basculer une partie significative du commerce aurifère congolais de l’informel vers le formel, privant ainsi les réseaux de contrebande de ressources précieuses.

L’or artisanal congolais, principalement extrait à la main, constitue une ressource essentielle pour des centaines de milliers de familles. Toutefois, son exploitation reste largement hors contrôle étatique, alimentant les réseaux criminels et les groupes armés. Le M23, qui contrôle désormais plusieurs zones minières stratégiques dans l’Est, a été accusé à plusieurs reprises de financer ses opérations grâce à la contrebande de minerais, notamment vers le Rwanda. En 2024, l’Union européenne a sanctionné une raffinerie rwandaise pour importation illégale d’or congolais.

DRC Gold Trading, consciente des critiques internationales, renforce aujourd’hui ses dispositifs de traçabilité. L’entreprise impose progressivement des transactions bancaires à ses partenaires locaux, dans un secteur longtemps dominé par les paiements en espèces ou via le système informel hawala, qui permet de transférer de l’argent sans passer par les banques. « Ce n’est pas à la première rencontre qu’on convainc quelqu’un d’ouvrir un compte bancaire », admet Kazibaziba, soulignant la lenteur d’un processus de formalisation profondément culturel.

L’ambition de DRC Gold Trading s’inscrit dans une stratégie nationale de reprise du contrôle sur les ressources naturelles du pays. En reprenant les parts de son ancien partenaire émirati, la RDC a renforcé sa souveraineté économique. Désormais, l’État détient 55 % du capital de la société, aux côtés du fonds minier pour les générations futures (FOMIN, 30 %) et de Gécamines (15 %). Cette structure de gouvernance vise à assurer que les revenus générés bénéficient directement au développement du pays.

La majorité de l’or exporté par DRC Gold Trading devrait transiter par Dubaï, où se concentrent les grands acheteurs internationaux. Plus de 40 entreprises étrangères ont exprimé leur intérêt pour s’approvisionner auprès de la société congolaise. Aucune offre, cependant, ne provient des raffineries rwandaise ou ougandaise, souvent pointées du doigt pour leur rôle dans l’exploitation illégale de l’or congolais.

Avant l’invasion de Bukavu, la société ambitionnait déjà de produire 800 kilogrammes d’or par mois. Aujourd’hui, cette production alimente des circuits illégaux, et Kazibaziba avoue ne pas savoir où se trouve désormais cet or. « Quand on parle de 800 kilos aujourd’hui, il s’agit de centaines de millions de dollars injectés frauduleusement dans ces réseaux. »

Le défi est de taille, mais l’enjeu est stratégique. Formaliser l’or artisanal pourrait transformer un secteur opaque et conflictuel en moteur de développement durable. Si DRC Gold Trading atteint ses objectifs, la RDC disposerait enfin d’un outil capable de capter une part significative de sa richesse aurifère, tout en luttant contre le financement des conflits. Dans un pays où les ressources minières ont longtemps été une malédiction, cette ambition pourrait marquer le début d’un tournant historique.

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