Les tensions montent au ministère des Hydrocarbures autour du Comité de suivi et de gestion du stock stratégique , une structure récemment créée et aujourd’hui au cœur d’accusations graves de détournement de fonds publics. Selon les organisations syndicales, le Comité de suivi servirait de canal opaque pour capter chaque mois jusqu’à 720 000 dollars issus de la parafiscalité dite « Effort de reconstruction et stock stratégique », au détriment des agents et de l’intérêt général.
Institué par un arrêté du 29 octobre 2025 signé par la ministre d’État Acacia Bandubola, le Comité de suivi est officiellement chargé de la gestion et de la sécurisation de 60 jours de stock stratégique de produits pétroliers. Dans les faits, dénoncent les syndicats, le Comité de suivi concentre à lui seul les fonctions de décision, de contrôle et de certification financière, une configuration qui expose les finances publiques à des conflits d’intérêts manifestes.
Au centre de la polémique, le taux de 6 % prélevé au profit du Comité de suivi sur une taxe pourtant destinée à la reconstruction nationale. Cette ponction contraste fortement avec le 1 % alloué à la Direction générale des douanes et assises (DGDA), pourtant collecteur officiel de la parafiscalité. Les syndicats soulignent que la DGDA, qui mobilise environ 12 millions de dollars par mois, ne conserve qu’une fraction minimale, pendant que le Comité de suivi s’arroge une part six fois supérieure. La DGDA est ainsi citée comme exemple d’un déséquilibre institutionnel flagrant, la DGDA assumant l’essentiel du travail opérationnel sans contrepartie équitable.
Lors de l’assemblée générale syndicale de fin janvier, les agents ont dénoncé le fait que, malgré la hausse des recettes pétrolières, aucune prime de motivation n’est versée au personnel, tandis que les 16 membres du Comité de suivi bénéficieraient de subsides conséquents. Pour les syndicats, le Comité de suivi est devenu un symbole d’injustice sociale et de gouvernance déséquilibrée au sein du secteur.
La critique va plus loin : en contrôlant toute la chaîne « collecte–certification–décision », le Comité de suivi neutraliserait les mécanismes classiques de redevabilité. L’absence d’audit indépendant, de contrôle de la Cour des comptes ou de publication régulière des rapports financiers renforce les soupçons. Même la DGDA, pourtant centrale dans la mobilisation des recettes, resterait en marge des décisions stratégiques prises par le Comité de suivi.
Face à ce qu’ils qualifient de « détournements voilés », les syndicats menacent d’un mouvement de grève d’ampleur et interpellent l’IGF et l’APLC. Pour eux, tant que le Comité de suivi opérera sans garde-fous clairs, la parafiscalité censée soutenir la reconstruction nationale risque de nourrir une crise de confiance durable entre l’État, ses agents et les citoyens.



