La République démocratique du Congo (RDC) ouvre des investigations sur la présence d’uranium dans ses exportations de cobalt. Cette décision intervient après la publication d’une étude scientifique estimant qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient quitté le pays entre 2000 et 2024, mélangées à des cargaisons d’hydroxyde de cobalt.
Publiée le 30 juillet dans Nature Communications, l’étude menée notamment par des chercheurs de l’Université du Wisconsin-Madison et de Princeton remet en lumière les enjeux de traçabilité associés aux minerais stratégiques congolais.
La RDC, premier producteur mondial de cobalt, entend désormais procéder à des contre-vérifications.
Le gouvernement congolais lance des analyses
Kinshasa prévoit de tester les cargaisons d’hydroxyde de cobalt, principalement exportées vers la Chine, et de mettre en place un groupe de travail chargé d’évaluer les conclusions des chercheurs.
Les autorités envisagent également de solliciter l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour une mission d’appui technique.
Des laboratoires nationaux et internationaux devraient participer aux analyses. Le gouvernement prévoit également l’installation de détecteurs de radiation sur les camions quittant le territoire national.
Les évaluations doivent notamment permettre de déterminer les éventuels risques sanitaires et environnementaux. Les conclusions devraient être rendues publiques dans un délai de 60 jours.
Entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium estimées
Selon l’étude, entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées avec le cobalt congolais au cours des 24 dernières années, alors que la RDC n’a officiellement déclaré aucune production d’uranium durant cette période.
Les chercheurs estiment également qu’entre 1 000 et 4 000 tonnes supplémentaires pourraient avoir été rejetées dans des résidus miniers.
Cette situation pourrait présenter des risques pour les travailleurs et les communautés vivant à proximité de certains sites.
Sébastien Philippe, spécialiste de la sécurité nucléaire et coauteur de l’étude, précise toutefois que les travaux scientifiques ne démontrent pas une exportation intentionnelle d’uranium.
L’uranium est naturellement présent aux côtés du cuivre et du cobalt dans certaines formations géologiques de la Copperbelt congolaise. Il peut ainsi rester associé aux minerais durant les différentes étapes de traitement.
Kinshasa demande une contre-vérification scientifique
Le gouvernement congolais appelle toutefois à la prudence. Il souligne que les estimations avancées ne reposent pas sur des mesures directes de chaque cargaison exportée, mais notamment sur des données géochimiques, commerciales et des modèles scientifiques.
Pour Kinshasa, ces limites méthodologiques justifient une contre-vérification, sans minimiser les préoccupations soulevées.
L’AIEA n’aurait, de son côté, relevé aucun élément indiquant que la RDC ne respecte pas ses obligations internationales en matière de garanties nucléaires.
Les entreprises minières chinoises contestent
L’Union des sociétés minières à capitaux chinois en RDC (USMCC) rejette également l’idée d’une présence excessive d’uranium dans les produits de ses membres.
L’organisation affirme que ses vérifications n’ont identifié aucun niveau excessif d’uranium dans le cobalt extrait, transformé ou exporté par les entreprises chinoises opérant dans le sud-est de la RDC.
Elle reconnaît néanmoins que de faibles traces naturelles d’uranium peuvent être présentes dans l’hydroxyde de cobalt.
Cette controverse relance surtout le débat sur la transformation locale des minerais en RDC. Pour les chercheurs, renforcer les contrôles radiologiques et développer davantage le raffinage du cobalt sur le territoire congolais permettraient à la RDC de mieux maîtriser ses ressources stratégiques, leur traçabilité et les risques associés à leur exportation.



