La Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) a révélé une affaire de corruption de grande ampleur impliquant le projet d’autoroute Kinshasa-Matadi, un chantier crucial pour le développement des infrastructures en République Démocratique du Congo (RDC). L’enquête, réalisée en collaboration avec Actualité.CD, Le Soir, De Standaard et le réseau OCCRP, dénonce un système de détournement de fonds orchestré par des proches du ministre de l’Aménagement du territoire, Guy Loando.
Selon les révélations de PPLAAF, des contrats de sous-traitance d’une valeur de 70 millions de dollars ont été attribués à une société privée, SIC, créée en mai 2019. Moins d’un mois après sa création, cette entreprise obtient un contrat public de 25 millions USD. Des documents montrent que 35 % des parts de SIC étaient détenues par une entreprise familiale contrôlée par Guy Loando, alors encore sénateur, et son épouse.
Ces contrats ont été conclus dans le cadre du partenariat public-privé (PPP) pour la construction de l’autoroute reliant Kinshasa à Matadi, un axe économique vital entre la capitale et le port atlantique. Le projet est mené principalement par SOPECO, une entreprise dirigée par l’homme d’affaires chinois Simon Cong, connu pour ses liens avec l’ancien président Joseph Kabila.
Le modèle de financement retenu pour ce projet est celui du BOT (Build-Operate-Transfer), où le privé finance partiellement l’infrastructure et se rembourse via les péages et des compensations de l’État. Mais l’Inspection générale des finances (IGF), qui a été saisie pour vérification, a mis à jour de nombreuses irrégularités : surfacturation, absence de contrôle indépendant, favoritisme dans l’octroi des marchés. Les budgets ont été gonflés de plusieurs dizaines de millions de dollars.
« Ce projet routier illustre comment les ressources publiques peuvent être accaparées par des intérêts privés au détriment du développement national, » déclare l’IGF dans son rapport. Elle recommande des poursuites contre Simon Cong et plusieurs hauts fonctionnaires.
Le réseau « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV) s’insurge contre le manque de réactivité du gouvernement. « Des signaux clairs de corruption sont là, mais l’impunité domine. L’État doit protéger les citoyens, pas couvrir les abus, » déplore Dirk Shaka, membre du CNPAV.
Guy Loando, interrogé sur ces accusations, affirme n’avoir tiré aucun bénéfice personnel des activités de SIC et nie toute participation actuelle dans la société, bien que des documents officiels montrent l’implication initiale de sa famille.
Ce scandale révèle une fois de plus l’ampleur du défi de la bonne gouvernance en RDC. Au-delà de la perte financière, c’est la crédibilité de l’État qui est mise à mal. Le secteur des infrastructures, vital pour la croissance et l’intégration territoriale, est miné par les pratiques opaques et les abus de pouvoir.
Pour Jimmy Kandé, directeur Afrique de l’Ouest de la PPLAAF, « le manque de contrôle favorise la corruption systémique. Protéger les lanceurs d’alerte et renforcer les mécanismes de transparence est une urgence pour la RDC. »
Fondée en 2017, la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique agit pour la défense des dénonciateurs de corruption, l’accompagnement juridique et le plaidoyer public. Son rôle est décisif pour mettre à jour des malversations qui restent souvent impunies.
Le dossier de l’autoroute Kinshasa-Matadi rappelle l’impératif de rendre des comptes dans l’utilisation des fonds publics. Pour la RDC, où le déficit en infrastructures freine l’activité économique, chaque dollar investi doit servir l’intérêt collectif. Transparence, réformes institutionnelles et justice doivent être les piliers d’une gouvernance axée sur le développement durable.
Par Olivier Masini pour Tsieleka.com



