Le président Félix Tshisekedi effectue depuis le 10 septembre une visite d’État à Astana, capitale du Kazakhstan. Officiellement, il s’agit de renforcer la coopération bilatérale, notamment dans les domaines de la transformation des ressources naturelles et de la technologie. Mais en coulisse, un dossier bien plus sensible domine l’agenda : le conflit judiciaire opposant la République démocratique du Congo (RDC) au groupe minier kazakh ERG (Eurasian Resources Group).
ERG, dont l’État kazakh est actionnaire, est impliqué depuis des années dans un bras de fer juridique avec la Gécamines, la société minière publique congolaise. En jeu : la gestion et les revenus de plusieurs projets miniers dans le sud de la RDC, accusés d’être défavorables aux intérêts congolais. Plusieurs arbitrages sont en cours devant des juridictions internationales à Paris et à Genève, fragilisant les relations entre Kinshasa et Astana.
Selon des sources diplomatiques et industrielles, le président Tshisekedi espère profiter de sa visite pour finaliser un accord de règlement. Ce compromis permettrait d’éviter un enlisement judiciaire coûteux et de restaurer un climat propice aux investissements. Pour la RDC, l’enjeu est double : assainir le climat minier et réaffirmer la souveraineté économique sur ses ressources.
Au-delà du contentieux, la rencontre entre Tshisekedi et son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ouvre la voie à une coopération minérale renouvelée. Des discussions portent sur la possibilité de transformer localement le cobalt, le cuivre et l’uranium, respectivement présents en RDC et au Kazakhstan. Cette approche s’inscrit dans une dynamique de valorisation locale des ressources, un axe que Kinshasa promeut de plus en plus face aux défis de la rente brute.
ERG, qui contrôle plusieurs filiales actives en RDC, pourrait ainsi jouer un rôle pivot dans cette nouvelle phase de coopération. Mais tout dépendra du succès ou non du règlement du litige en cours.
Pour les Congolais, ce dossier n’est pas qu’une affaire de diplomatie ou de grandes entreprises. Il touche directement aux revenus de l’État, à la transparence des contrats miniers, et aux emplois dans les régions minières. Un accord favorable pourrait renforcer la capacité de la Gécamines à jouer un rôle plus actif et bénéfique pour la population.
Ce voyage d’État pourrait donc marquer un tournant : soit vers une paix économique et un partenariat minier plus équilibré, soit vers la persistance d’un climat défiant qui freine le développement minier congolais. Les prochaines heures seront déterminantes.
De favre



