RDC : interdiction du cash en devises, une réforme de la BCC qui divise économistes et politiques

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La décision de la Banque Centrale du Congo (BCC) de proscrire les transactions en espèces en devises étrangères continue de susciter de vives réactions. Annoncée comme une réforme majeure visant à assainir les flux financiers, cette mesure impose désormais que toute opération en dollars ou en euros transite exclusivement par des circuits formels. Si l’objectif affiché par l’institution dirigée par André Wameso Nkualoloki est de renforcer la traçabilité et de lutter contre la fraude, plusieurs voix s’élèvent pour alerter sur ses effets potentiellement déstabilisateurs.

Parmi les critiques les plus marquées figure celle du député national et professeur d’économie Gode Mpoy Kadima. Ce dernier qualifie la réforme d’illustration des « incohérences génétiques » de la BCC, pointant un décalage profond entre la vision technocratique et les réalités économiques du terrain congolais.

Au cœur des préoccupations, la faible bancarisation du pays. Dans un contexte où une large partie de la population reste exclue du système bancaire, imposer la formalisation totale des transactions en devises pourrait fragiliser les circuits économiques existants. Dans les marchés informels comme dans les zones rurales, les échanges reposent encore largement sur l’usage du cash. Une interdiction brutale, sans alternatives accessibles, risque ainsi d’asphyxier une partie essentielle de l’économie réelle.

À cela s’ajoute le déficit d’infrastructures financières et numériques. La digitalisation des paiements, présentée comme une solution de substitution, se heurte à des contraintes bien connues : faible couverture internet, coûts élevés des transactions électroniques et manque de fiabilité des plateformes. Dans ces conditions, la réforme pourrait ralentir la fluidité des échanges commerciaux, au lieu de les moderniser.

Sur le plan macroéconomique, le risque inflationniste est également évoqué. Selon Gode Mpoy, une conversion massive et rapide des devises en francs congolais pourrait exercer une pression accrue sur les prix, dans un environnement déjà fragile. Sans une politique monétaire adaptée et une disponibilité suffisante de liquidités en monnaie locale, cette transition pourrait accentuer la volatilité économique.

Face à ces critiques, la Banque centrale défend une réforme structurante. Elle met en avant la nécessité de mieux contrôler les flux financiers, de renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux et de consolider le système bancaire national. À plus long terme, cette mesure vise également à promouvoir l’usage du franc congolais et à réduire la dépendance à la dollarisation.

Toutefois, la réussite de cette réforme dépendra largement des mesures d’accompagnement mises en place. Les experts plaident pour une approche progressive, incluant l’élargissement de l’accès aux services bancaires, la réduction des coûts de transaction et le renforcement des infrastructures numériques. Des mécanismes transitoires, comme des plafonds ou des exemptions pour les petites transactions, pourraient également atténuer l’impact sur les ménages et les acteurs informels.

En définitive, la décision de la BCC marque un tournant dans la politique monétaire congolaise. Mais entre ambition de modernisation et contraintes structurelles, son application pose une question centrale : comment réformer sans fragiliser davantage une économie encore largement informelle ?

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