Le gouvernement congolais semble avoir définitivement tourné la page du projet de « mutualisation » entre le recensement général de la population, l’identification nationale et le fichier électoral. Désormais, le processus sera piloté exclusivement par le vice-premier ministre et ministre du Plan, Guylain Nyembo, ainsi que par l’Institut national de la statistique (INS), selon des informations révélées par Africa Intelligence.
Cette nouvelle orientation marque un changement stratégique dans la gestion des données démographiques en RDC. Pendant plusieurs années, les autorités avaient envisagé un mécanisme commun associant la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’Office national d’identification de la population (ONIP) et les services statistiques de l’État afin de créer un fichier unique regroupant recensement, identité biométrique et enrôlement électoral. Mais ce schéma semble aujourd’hui abandonné.
Un recensement désormais centré sur les statistiques
Avec cette réforme, le gouvernement veut recentrer le recensement sur sa mission première, celle de produire des données fiables sur la population congolaise. Le ministère du Plan et l’INS seront chargés de conduire le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH2), attendu depuis plusieurs décennies.
La RDC n’a plus organisé de recensement scientifique complet depuis 1984. Cette absence de statistiques fiables complique la planification économique, la répartition des budgets publics, la construction des infrastructures ou encore l’élaboration des politiques sociales.
Selon le ministère du Plan, le gouvernement multiplie déjà les missions techniques et les partenariats internationaux afin d’accélérer le lancement du projet.
Pourquoi Kinshasa abandonne la mutualisation
Plusieurs facteurs expliquent cette décision. D’abord, les enjeux électoraux liés à la CENI rendaient le dossier particulièrement sensible politiquement. Dans le passé, l’opposition accusait régulièrement le pouvoir d’utiliser le recensement pour retarder les élections.
Ensuite, la question financière semble également décisive. Africa Intelligence évoque les difficultés budgétaires de la CENI ainsi que la volonté des bailleurs internationaux de soutenir un projet plus technique et moins politisé.
Enfin, l’ONIP, qui devait initialement jouer un rôle central dans l’identification biométrique des citoyens, paraît progressivement marginalisé dans le nouveau dispositif.
Un enjeu économique stratégique
Au-delà des questions administratives, le recensement représente un enjeu économique majeur pour la RDC. Des données démographiques fiables permettront notamment d’améliorer la mobilisation fiscale, la planification urbaine, les investissements publics et les programmes sociaux.
Pour plusieurs experts, cette séparation entre recensement, identification nationale et processus électoral traduit surtout la volonté du gouvernement de « dépolitiser » un chantier devenu crucial pour le développement du pays.



