En République démocratique du Congo (RDC), les créanciers de la société minière Chemaf, dont le géant du négoce Trafigura, auraient accepté une réduction d’environ 70 % de leurs créances. Cette restructuration financière pourrait faciliter la relance des activités de l’entreprise, désormais contrôlée par des investisseurs américains et indiens, dans un contexte de rivalité croissante entre Washington et Pékin pour l’accès aux minerais stratégiques.
Selon les informations communiquées à la Bourse de Bombay par Lloyds Metals and Energy Ltd., nouvel actionnaire de Chemaf, le règlement de l’ensemble de la dette pourrait coûter 250 millions de dollars, voire moins.
Avant cette restructuration, les engagements financiers de l’entreprise congolaise atteignaient 804 millions de dollars. La réduction représente donc près de 70 % de son endettement initial.
Bien que Lloyds Metals ne cite pas directement Trafigura, une grande partie de cette dette provient d’un financement de 600 millions de dollars arrangé en 2022 par le négociant international pour soutenir les projets miniers de Chemaf en RDC. Ces investissements avaient ensuite connu des difficultés, compromettant la capacité de remboursement de l’entreprise.
Des investisseurs américains prennent le contrôle de Chemaf
Le rachat de Chemaf marque une évolution importante dans le secteur minier congolais.
L’entreprise américaine Virtus Minerals Inc., dirigée par d’anciens militaires américains, détient désormais 51 % du capital, aux côtés du groupe indien Lloyds Metals.
Le prix d’acquisition des actions s’élève à 30 millions de dollars. Toutefois, les nouveaux propriétaires doivent également financer l’achèvement du projet minier de Mutoshi et l’expansion des installations existantes d’Étoile.
Cette opération intervient après la signature, en décembre, d’un partenariat stratégique entre Washington et Kinshasa visant notamment à faciliter les investissements américains dans les mines et les infrastructures congolaises.
La RDC au cœur de la rivalité entre Washington et Pékin
Premier producteur mondial de cobalt et deuxième producteur de cuivre, la RDC occupe une position stratégique dans les chaînes d’approvisionnement internationales. Ces minerais sont essentiels à la fabrication des batteries électriques, aux technologies numériques et à la transition énergétique.
Initialement, Chemaf devait être cédée à une filiale du groupe chinois Norinco. L’opération avait finalement été abandonnée après l’absence d’autorisations congolaises, sur fond d’opposition américaine.
L’administration Trump cherche désormais à réduire la dépendance des États-Unis envers la Chine concernant les minerais critiques. Dans cette dynamique, un consortium associant l’agence américaine DFC et Orion Resource Partners travaille également sur une acquisition de participations dans deux importantes mines congolaises contrôlées par Glencore.
Quels enjeux économiques pour la RDC ?
La restructuration financière de Chemaf pourrait favoriser la reprise des investissements, la création d’emplois et l’augmentation des recettes minières nationales. Lloyds Metals prévoit notamment le démarrage de la production de cuivre raffiné dans les installations de Chemaf l’année prochaine.
Cependant, les retombées économiques dépendront de la réalisation effective des projets industriels, du recours aux entreprises locales et du respect des obligations fiscales. Pour la RDC, l’enjeu dépasse le simple changement d’actionnaires : il s’agit de transformer l’intérêt international pour ses ressources minières en emplois durables, en infrastructures et en valeur ajoutée pour l’économie nationale.



