RDC: modèle salué dans la mise oeuvre du budget participatif , mais miné par la corruption

0
479

En tête du classement africain du budget participatif depuis 2017, la RDC affiche des avancées historiques en matière de transparence et de gouvernance budgétaire. Mais derrière cette vitrine, la corruption endémique grignote les acquis, freine les réformes et menace de priver les citoyens des bénéfices promis par cette ouverture démocratique.

La République Démocratique du Congo (RDC) occupe désormais la première place en Afrique en matière de budget participatif, un progrès majeur mis en avant lors du Forum sur la justice face à la corruption, organisé à Kinshasa les 7 et 8 août par la coalition « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV).

Pour Georges Tshionza, assistant du coordonnateur du Comité d’orientation et de pilotage des réformes des finances publiques (COREF), cette réussite est le fruit d’une mobilisation constante de la société civile et d’importantes réformes entreprises depuis 2017.

Une ascension portée par les réformes et la société civile

Depuis huit ans, la RDC s’est dotée d’un système budgétaire plus inclusif, où la population participe directement à la planification et au suivi des dépenses publiques.

«Depuis 2017, la RDC occupe la première place en Afrique pour le budget participatif. En matière de transparence, nous sommes 3ᵉ au niveau continental et 5ᵉ en redevabilité », a affirmé M. Tshionza devant les participants du forum.

Le budget participatif permet aux citoyens, aux organisations de la société civile (OSC) et aux autorités locales de définir ensemble les priorités d’investissement public, renforçant ainsi la transparence et la confiance entre l’État et la population.

La progression est remarquable si l’on remonte à 2003, année où une institution internationale ne donnait à la RDC qu’un score alarmant de 3 % en gouvernance budgétaire.

Ce changement s’appuie sur plusieurs textes et engagements internationaux, dont l’Accord de Cotonou, la Constitution de 2006 (article 37 sur la collaboration avec la société civile), la Déclaration de Paris de 2003, ainsi que le décret de 2022 sur la gouvernance budgétaire et le budget participatif dans les entités territoriales décentralisées. Ces instruments ont permis à la société civile de s’impliquer activement dans l’examen du budget national, notamment lors de l’analyse du projet de loi de finances 2024.

Un succès fragilisé par la corruption

Malgré cette performance, la corruption continue de freiner le développement du pays.

Selon Transparency International, la RDC se classe 162ᵉ sur 184 pays dans le rapport 2023, avec un score de 20/100, la plaçant parmi les 15 pays les plus corrompus au monde. Le CNPAV rappelle qu’entre 2012 et 2020, plus de 300 millions de dollars auraient été détournés de la société minière d’État Gécamines.

Cette corruption affaiblit les institutions de contrôle, dégrade la qualité des services publics, décourage les investisseurs et menace la réussite des réformes en cours.

Les priorités pour consolider les acquis

Le COREF reconnaît que l’avenir du budget participatif dépendra de la capacité du pays à financer ses réformes et à renforcer ses institutions. Parmi les chantiers prioritaires :

Adopter une loi sur l’accès à l’information publique pour garantir une transparence totale; renforcer les organes de contrôle tels que la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances et les autorités judiciaires; stimuler la participation citoyenne par la formation et la sensibilisation aux droits budgétaires; mobiliser les ressources internes afin de réduire la dépendance à l’aide extérieure.

Si ces mesures sont appliquées, la RDC pourrait non seulement conserver sa place de leader africain, mais aussi transformer cet acquis en un moteur durable de développement et de gouvernance.

Olivier Masini 

Article précédentRDC: Gouvernement Suminwa 2, composition complète et enjeux politiques
Article suivantRDC: Justice et lutte contre la corruption : un forum pour renforcer la coopération État–société civile

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici