La politique de stabilisation des prix des carburants coûte de plus en plus cher aux finances publiques congolaises. Au deuxième trimestre 2026, les pertes et manques à gagner (PMAG) certifiés en faveur des sociétés pétrolières ont atteint 146,72 millions de dollars américains. Une facture considérable qui traduit l’ampleur du choc pétrolier international, mais aussi le coût budgétaire du choix du Gouvernement de contenir les prix à la pompe.
Le Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers (CSPPP) a procédé, les 13 et 14 août 2026 à Kinshasa, à la certification des Pertes et Manques à Gagner (PMAG) des sociétés pétrolières opérant en République démocratique du Congo pour le deuxième trimestre 2026.
À l’issue des travaux portant sur les quatre zones d’approvisionnement du pays — Ouest, Nord, Sud et Est — le montant global certifié s’est établi à 146 723 912,42 USD. Ces chiffres ont également été rapportés par plusieurs médias économiques congolais.
Dans le détail, les zones Ouest et Nord concentrent à elles seules 110,43 millions USD de PMAG. La zone Sud affiche 31,19 millions USD, contre 5,11 millions USD pour la zone Est.
Autrement dit, les zones Ouest et Nord représentent environ 75 % de la facture totale certifiée au deuxième trimestre.
Une facture qui a fortement augmenté
Le niveau atteint au deuxième trimestre marque surtout une nette détérioration par rapport aux premiers mois de l’année.
Pour le premier trimestre 2026, le CSPPP avait certifié environ 43,7 millions USD de pertes et manques à gagner pour les sociétés pétrolières.
À titre de comparaison, le montant du deuxième trimestre est donc plus de trois fois supérieur. Cette évolution montre à quel point le mécanisme de stabilisation des prix est devenu coûteux dans un environnement international particulièrement volatil.
Le contraste est encore plus important avec le second semestre 2025. Pour les zones Sud, Est et Nord, les opérations de certification avaient alors dégagé un gain global de 44,43 millions USD en faveur de l’État, selon les données communiquées en février 2026.
En quelques mois, la situation s’est donc inversée.
Pourquoi l’État doit-il compenser les pétroliers ?
En RDC, les prix des carburants ne reposent pas uniquement sur les mécanismes du marché. Ils sont administrés dans le cadre d’une concertation entre l’État et les opérateurs pétroliers.
Lorsque le prix fixé à la pompe ne permet pas aux distributeurs de couvrir les coûts reconnus dans la structure officielle des prix, la différence constitue une perte ou un manque à gagner. Celui-ci peut ensuite être certifié par le CSPPP avant sa prise en charge par l’État.
Le mécanisme revient ainsi à transférer une partie du coût réel du carburant du consommateur vers les finances publiques.
Cette politique vise principalement à éviter qu’une hausse brutale des cours internationaux ne soit intégralement répercutée sur les ménages et les entreprises.
La crise du Golfe persique accentue la pression
L’explosion des PMAG intervient dans un contexte de fortes tensions sur le marché pétrolier international, particulièrement depuis la crise dans le Golfe persique.
Dès mars 2026, le Gouvernement avait reconnu les risques que cette situation faisait peser sur l’économie congolaise. La Première ministre Judith Suminwa avait notamment demandé aux ministres concernés de prendre des mesures exceptionnelles pour atténuer les conséquences de la crise sur les prix et le pouvoir d’achat.
En avril, le Gouvernement indiquait également que les perturbations dans le Golfe avaient fortement affecté les marchés des produits pétroliers et menaçaient les conditions d’approvisionnement de la RDC.
Le pays reste particulièrement vulnérable à ces chocs extérieurs puisqu’il dépend largement des importations de produits pétroliers raffinés.
Protéger le consommateur aujourd’hui, mais à quel coût pour le Trésor ?
Pour le Gouvernement, maintenir une certaine stabilité des prix à la pompe constitue avant tout une mesure de protection du pouvoir d’achat.
Le carburant exerce en effet un effet d’entraînement sur une grande partie de l’économie congolaise. Une forte augmentation du prix de l’essence ou du gasoil se répercute rapidement sur les transports en commun, le transport des marchandises, les produits agricoles, les matériaux de construction et, finalement, les prix payés par les ménages.
Pour les PME et les jeunes entrepreneurs, dont beaucoup dépendent du transport routier ou de groupes électrogènes, la hausse du carburant augmente directement les coûts d’exploitation.
Mais cette protection a une contrepartie : la pression sur le budget de l’État.
Le Gouvernement lui-même identifie la hausse des subventions pétrolières et des manques à gagner liés au secteur comme un risque pour les finances publiques sur la période 2026-2028. Les documents budgétaires évoquent notamment la volatilité des cours internationaux et les tensions géopolitiques parmi les facteurs susceptibles d’alourdir cette charge.
Plus de 190 millions USD de PMAG en six mois
En additionnant les quelque 43,7 millions USD du premier trimestre aux 146,72 millions USD du deuxième trimestre, les PMAG certifiés en faveur des sociétés pétrolières dépassent désormais 190 millions USD pour le seul premier semestre 2026.
Ce montant donne une indication de l’effort financier nécessaire pour amortir le choc pétrolier sur le marché intérieur.
Il pose surtout une question centrale pour les finances publiques : jusqu’où l’État peut-il soutenir durablement les prix sans réduire les ressources disponibles pour d’autres priorités comme les infrastructures, la santé, l’éducation ou la sécurité ?
Pour Kinshasa, l’équation devient délicate. Une répercussion intégrale de la hausse internationale sur les prix à la pompe pourrait alimenter l’inflation et fragiliser davantage le pouvoir d’achat. Mais une compensation prolongée des pétroliers pourrait, à son tour, peser lourdement sur le Trésor.
La certification de 146,7 millions USD de PMAG au deuxième trimestre 2026 illustre ainsi le prix budgétaire de cette politique de stabilisation. Dans un environnement international incertain, le défi sera désormais de trouver un équilibre entre protection du consommateur, viabilité des entreprises pétrolières et soutenabilité des finances publiques.



