Le bras de fer s’intensifie au sommet de Congo Airways. Dans une lettre adressée à la ministre du Portefeuille, le Président du Conseil d’administration (PCA) dresse un réquisitoire sévère contre la gestion du Directeur général Alexandre Mukendi Tshikala. Le document évoque des dérives managériales, des pertes financières, des contrats de location d’avions controversés et une incapacité à relancer la compagnie aérienne publique.
Un constat alarmant après vingt mois de gestion
Pour le Conseil d’administration, les vingt mois de gestion du Directeur général n’ont pas permis de redresser Congo Airways. Au contraire, la compagnie se trouverait dans une situation de « déliquescence », marquée par l’absence de vision stratégique, le gaspillage des ressources financières, une gouvernance défaillante et une dégradation continue du climat social. Le PCA affirme qu’aucun aéronef, ni en propre ni en location, n’est actuellement exploité, alors que plusieurs financements ont été mobilisés pour relancer les activités de la compagnie.
Plus de 23 millions USD gérés, mais aucun avion opérationnel
Le document chiffre à plus de 23 millions USD les ressources gérées entre février 2025 et juillet 2026. Ce montant comprend notamment 6,35 millions USD d’appui du Gouvernement, 9 millions USD de financement garanti par la CNSS, ainsi que les recettes d’exploitation et le remboursement d’une caution versée par la société lituanienne KLASJET. Malgré ces ressources, le Conseil d’administration conclut à un « résultat nul », estimant qu’aucun avion n’a été remis en exploitation.
Des contrats de location au cœur des accusations
Le PCA pointe plusieurs décisions jugées préjudiciables. La première concerne la résiliation du contrat de location conclu avec KLASJET en avril 2025, décision qualifiée de « cavalière » et qui aurait entraîné l’arrêt des opérations aériennes pendant plusieurs mois.
Le Conseil évoque également la location d’un Airbus A320 auprès de la société sud-africaine ALEGENCIA. Selon la lettre, l’appareil serait resté immobilisé à l’aéroport de Ndjili sans effectuer le moindre vol, alors que les dépenses engagées dépasseraient 3 millions USD, incluant une réserve de maintenance et une prime d’assurance.
Autre dossier cité : un contrat avec International Air Leases, pour lequel une garantie de 255 000 USD aurait été versée, alors que l’avion concerné n’aurait jamais été réceptionné. Le rapport d’une commission interne attribuerait la responsabilité de cette opération au Directeur général.
Une crise financière et sociale persistante. Le Conseil d’administration dénonce également une forte détérioration de la situation des travailleurs. Selon la lettre, seulement six mois de salaires, plus 40 % d’un mois, auraient été payés sur les vingt mois de gestion, entraînant d’importants arriérés et la démission de plusieurs cadres.
Un dossier aux conséquences institutionnelles
À travers cette correspondance, le PCA demande des mesures urgentes pour préserver Congo Airways et relancer la compagnie nationale. Les accusations formulées sont graves, mais elles représentent la position officielle du Conseil d’administration. À ce stade, le Directeur général mis en cause n’a pas rendu publique sa version des faits.
Le dossier pourrait désormais connaître des suites administratives ou judiciaires si les autorités de tutelle décident d’examiner les faits et les responsabilités évoqués dans cette lettre.



