Le géant suisse des matières premières, Glencore, deuxième producteur mondial de cobalt, a tiré la sonnette d’alarme ce mercredi. L’entreprise prévient qu’une part significative de sa production de cobalt en République démocratique du Congo (RDC) pourrait rester invendue d’ici fin 2025. En cause : les restrictions prolongées à l’exportation imposées par Kinshasa.
La RDC, qui fournit plus de 70 % du cobalt mondial, a décrété en février une interdiction d’exportation de quatre mois, suite à l’effondrement des prix à leur plus bas niveau depuis neuf ans. En juin, cette mesure a été prolongée de trois mois supplémentaires. Objectif : assainir le marché en réduisant l’offre excédentaire et instaurer un système de quotas pour encadrer les exportations des sociétés minières.
Dans son rapport semestriel, Glencore souligne que cette prolongation devrait « réduire considérablement la disponibilité du cobalt et accélérer la réduction des stocks, ce qui soutiendra les prix« . En attendant, la firme stocke toute sa production en RDC, ayant déclaré un cas de force majeure sur certaines livraisons dès le début de l’année.
Sans préciser le volume exact de ses stocks, Glencore reste prudente dans ses prévisions. Elle affirme pouvoir absorber l’impact d’une absence de ventes en 2025 sans conséquence financière majeure. Une reprise des exportations serait toutefois un « facteur positivement accueilli par le marché ».
Paradoxalement, la production de cobalt de Glencore est en progression. Elle a augmenté de 19 % sur un an, atteignant 18 900 tonnes métriques au premier semestre 2025. Le groupe a revu à la hausse ses prévisions annuelles, anticipant entre 42 000 et 45 000 tonnes, contre 38 200 tonnes pour 2024.
En 2024, Glencore avait déjà extrait 35 100 tonnes sur ses sites en RDC, où le cobalt est essentiellement un sous-produit de l’exploitation du cuivre.
Le cobalt, métal stratégique pour les batteries de véhicules électriques, a vu son prix chuter à des niveaux historiquement bas en janvier 2025, une fois ajusté pour l’inflation. Cette dégringolade s’explique par une offre excédentaire en provenance du Congo et une demande plus faible que prévu du secteur automobile électrique, aujourd’hui principal consommateur de cobalt devant l’aviation et l’aérospatiale.
Pour la RDC, cette politique d’interdiction vise à stabiliser le marché, mais comporte aussi des risques : perte de revenus fiscaux à court terme, stockage coûteux, tensions avec les investisseurs et incertitude sur la durée du blocage. Le gouvernement espère que le système de quotas attendu apportera plus de transparence et une meilleure gestion de la filière cobalt.
Du côté des investisseurs, cette situation renforce l’instabilité du marché congolais, pourtant stratégique pour la transition énergétique mondiale. Le cobalt reste un ingrédient clé dans la fabrication de batteries lithium-ion, essentielles aux véhicules électriques et aux systèmes de stockage d’énergie renouvelable.
En marge de ses activités minières, Glencore a également évoqué son positionnement dans l’agroalimentaire. L’entreprise détient actuellement 16,4 % du capital de Bunge Global, née de la fusion à 34 milliards de dollars entre Bunge et Viterra, spécialiste du commerce céréalier.
Mais cette prise de participation pourrait être reconsidérée. « L’activité agricole n’est pas nécessairement compatible avec notre modèle économique », a indiqué le directeur général Gary Nagle lors d’une conférence en ligne. « Détenir une participation de 16,4 % dans Bunge n’est probablement pas une option viable à long terme pour Glencore. »
Entre tensions réglementaires en RDC, chute des prix et repositionnement stratégique, Glencore navigue dans un contexte d’incertitudes. L’avenir du cobalt, métal clé de la transition écologique, dépendra des arbitrages à venir entre souveraineté minérale congolaise, exigences des marchés internationaux et investissements responsables.
Pour les acteurs congolais, c’est l’occasion de repenser la gouvernance minérale pour mieux valoriser localement cette ressource stratégique tout en rassurant les partenaires étrangers sur la stabilité du cadre réglementaire.
De Favre



