L’économie congolaise pourrait bientôt bénéficier d’une révolution silencieuse mais décisive : la production d’un ciment écologique. Fruit de dix années de recherche, cette innovation est signée par l’Université de Kinshasa (Unikin). Présentée lors de la 47ᵉ édition de la Foire internationale du Congo (FICKIN) en août 2025, cette solution locale permet de réduire de 25 % les émissions de CO₂ par rapport au ciment traditionnel. Un pas majeur vers une industrie de construction durable en RDC.
Une innovation scientifique au service du climat
Le ciment bas carbone développé par le département de physique et technologie de l’Unikin est un matériau de construction révolutionnaire. Contrairement au ciment Portland classique, ce nouveau liant utilise des roches naturelles locales réactives, n’exigeant qu’un simple broyage, sans les processus intensifs de cuisson à haute température.
Cette approche innovante permet d’éviter une part importante des émissions de gaz à effet de serre liées à la production du clinker, principal composant énergivore du ciment conventionnel. En réduisant de 25 % l’empreinte carbone, ce ciment s’inscrit dans la stratégie de transition écologique promue par les engagements climatiques de la RDC.
Démarré en 2015, ce projet de recherche a été porté par le chercheur Max Seke Vangu et son équipe. Ils ont surmonté des défis importants, notamment le manque d’équipements de laboratoire et le besoin de coopération avec des cimentiers locaux et des laboratoires sud-africains. Aujourd’hui, le ciment est à l’échelle semi-industrielle, grâce au soutien d’un consortium privé.
Cette persévérance illustre le potentiel de la recherche universitaire congolaise à répondre aux besoins critiques du pays : industrialisation, création d’emplois verts et valorisation des ressources locales.
Un ciment congolais pour des infrastructures durables
Le secteur du bâtiment représente une part importante de la consommation de ciment en RDC, dans un contexte de croissance urbaine rapide. Or, le ciment classique est l’une des sources majeures d’émissions de CO₂ à l’échelle mondiale.
L’adoption de ce ciment bas carbone pourrait transformer la filière construction en RDC : à la fois plus respectueuse de l’environnement, plus compétitive et moins dépendante des importations. En misant sur les ressources locales, cette technologie permettrait également de réduire les coûts de production et de favoriser l’émergence d’unités de production locales.
Impact économique et potentiel d’industrialisation
Du point de vue économique, cette innovation pourrait ouvrir la voie à une nouvelle filière industrielle verte en RDC. Elle créerait des emplois directs et indirects, notamment dans l’extraction, le transport et le traitement des roches locales.
Elle pourrait aussi encourager les jeunes entrepreneurs à investir dans des projets à fort impact environnemental et social. En facilitant l’accès à un ciment plus durable, l’Unikin contribue ainsi à renforcer l’attractivité de la RDC pour les partenariats publics-privés et les financements verts.
Un signal fort pour la recherche congolaise
L’initiative de l’Unikin est un signal fort en faveur de la recherche scientifique congolaise. Elle montre que l’université n’est pas seulement un lieu d’enseignement, mais aussi un acteur clé de l’innovation et du développement durable.
Pour pérenniser cette dynamique, un soutien accru des pouvoirs publics, des bailleurs internationaux et du secteur privé est indispensable. Cela passe par le financement de la recherche, la modernisation des infrastructures universitaires et la création de passerelles entre science, industrie et politiques publiques.
vers une souveraineté technologique verte
Le ciment bas carbone de l’Université de Kinshasa est plus qu’une prouesse scientifique : c’est un levier stratégique pour la souveraineté économique et environnementale de la RDC. En valorisant les compétences locales et les ressources du sol congolais, cette innovation trace la voie vers un modèle de développement plus durable, inclusif et résilient.
Alors que le monde cherche des solutions pour bâtir un avenir bas carbone, la RDC, grâce à ses chercheurs, pourrait bien se positionner comme un acteur de premier plan de l’économie verte africaine.
De Favre



