RDC : assainissement de la fonction publique et pari risqué de la régularisation des non payés 

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À Kinshasa, le gouvernement tente de reprendre le contrôle du récit autour de la problématique sensible des fonctionnaires non payés (NP). Après plusieurs jours de polémique alimentée sur les réseaux sociaux, le cabinet du Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique a publié, le 29 avril, une mise au point destinée à corriger ce qu’il qualifie de « chiffres erronés » et de « propos inexacts ». En toile de fond, une réforme structurelle ambitieuse qui vise à assainir les effectifs, maîtriser la masse salariale et restaurer l’équité dans la rémunération des agents publics.

Le premier enseignement majeur concerne la réduction drastique du nombre d’agents recensés. Grâce à une opération inédite d’identification biométrique, les effectifs sont passés de 1,48 million à 785 000 fonctionnaires certifiés. Ce chiffre marque un tournant dans la gestion des ressources humaines de l’État. Sur ce total, 600 886 agents ont été physiquement identifiés et intégrés dans le Fichier de référence de l’administration publique. Une avancée significative qui met en lumière l’ampleur des irrégularités accumulées au fil des décennies, notamment des recrutements jugés « massifs et de complaisance », souvent en dehors des cadres organiques réglementaires.

Sur le plan économique, cette rationalisation constitue un levier essentiel pour contenir les dépenses publiques. En réduisant les effectifs fictifs ou irréguliers, l’État congolais peut espérer mieux orienter ses ressources vers les agents effectivement en service. Cela représente également un signal fort pour les partenaires techniques et financiers, souvent attentifs à la transparence et à la gouvernance des finances publiques.

Concernant les non payés, le gouvernement défend une approche progressive de leur mécanisation. Entre 2021 et le premier trimestre 2026, 195 000 agents ont été intégrés dans le circuit de paie, venant s’ajouter aux 177 000 déjà pris en charge auparavant. Ce processus repose sur des critères précis : disponibilité budgétaire, équilibre entre provinces et administrations, ainsi que l’ancienneté et l’assiduité des agents. L’objectif affiché est clair : parvenir à rémunérer tous les fonctionnaires régulièrement inscrits d’ici 2027.

Cependant, ce chantier reste complexe. La question des NP touche directement au pouvoir d’achat des ménages et à la stabilité sociale. Pour de nombreux agents, l’attente prolongée d’une régularisation fragilise leur situation économique et alimente un climat de frustration. Dans ce contexte, la crédibilité du calendrier gouvernemental sera déterminante.

Parallèlement, une réforme de la politique salariale est en préparation. L’ambition est de corriger les inégalités persistantes entre agents exerçant des fonctions similaires, mais percevant des rémunérations différentes selon les services ou les niveaux administratifs. Le principe avancé est celui d’un traitement équitable basé sur les compétences et les responsabilités. Une telle réforme pourrait améliorer la motivation des agents et renforcer l’efficacité de l’administration publique.

Enfin, le gouvernement met en avant plusieurs garde-fous pour éviter un retour aux dérives passées : encadrement strict des recrutements, meilleure gestion des carrières et amélioration du système de retraite. L’accent est également mis sur le rajeunissement de l’administration, notamment à travers le rôle de l’École nationale d’administration (ENA), appelée à former une nouvelle génération de cadres compétents.

Au-delà des chiffres, cette réforme pose les bases d’un État plus structuré et plus équitable. Mais sa réussite dépendra d’un facteur clé, la confiance. Une confiance à construire entre le gouvernement, les agents publics et l’ensemble des citoyens, dans un esprit de coresponsabilité.

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