Les confessions religieuses ne sont pas parvenues à désigner un candidat consensuel pour succéder à Corneille Nangaa à la tête de la commission électorale nationale indépendante (Ceni), après plusieurs jours de tractation. Selon le rapport synthèse des travaux déposé vendredi 30 juillet au bureau de l’assemblée nationale par le président de la composante, Monseigneur Marcel Utembi, les divergences profondes ont été constatées sur le candidat président.
“Deux confessions religieuses considèrent que, sur le plan éthique et de l’indépendance, les griefs (informations et allégations) contre deux candidats de la liste (les meilleurs sur le plan technique), griefs qui affectent leur indépendance et leur crédibilité, ne permettent pas d’évoluer avec eux jusqu’au voté conformément à l’article 17 de la charte en vigueur. Ils demandent de les mettre de côté et d’évoluer avec d’autres candidats », peut-on lire dans cette correspondance.
En toile de fonds, il y a d’abord le candidat Dénis Kadima réputé proche du Président de la République Félix Tshisekedi et soutenu par 6 membres de la composante (ERC, Musulmans, orthodoxes, Kimbanguiste, église libérale et Armée du salut), Cyrille Ebotoko présenté par l’Eglise Catholique. Malgré la proposition du bloc Cenco-ECC d’écarter les deux candidats litigieux, les 6 confessions religieuses sont restées intransigeantes au choix de Denis Kadima. Ces derniers ont même déposé son nom vendredi soir au bureau de l’Assemblée nationale.
Des jeeps et des promesses d’argent
Il n’est un secret pour personne, la logique de forcing serait déjà entamée par le pouvoir. Comme lors de la création de l’union sacrée, le pouvoir aurait mis en place le double bouché pour faire passer coûte que coûte Denis Kadima.
Vendredi dans la matinée, le président de la Cenco avait dénoncé le manque de sincérité de ses collègues et attiré l’attention de l’opinion sur les pratiques de corruption. «Des jeeps et de l’argent sont proposés pour parvenir au choix du candidat contesté», a-t-il révélé à la presse.
D’après plusieurs sources au sein de la curie contactées par Tsieleka, le pouvoir aurait aussi proposé aux prélats catholiques de construire en leur faveur un grand centre moderne pour les évêques à environ 50 millions $. Ce, en échange du choix de Denis Kadima. Un don rejeté en bloc par ces derniers. «Quand vous êtes arrivés au pouvoir, les évêques dormaient déjà dans des maisons », aurait répondu, l’un des évêques nous révèle les mêmes sources.
Comment Denis Kadima est arrivé à la course ?
Tout a commencé en juillet 2020, des conseillers de la présidence tentent pour la première fois d’imposer Denis Kadima comme candidat président de la CENI pour le compte de l’EDUCIEL (Plateforme des organisations de la société civile de la thématique Education Civique et Observation électorale). Alors que la contestation contre Ronsard Malonga, fraîchement désigné par ces 6 confessions religieuses est sur toutes les lèvres des parties engagées au processus électoral.
«Nous dénonçons le recours à des pratiques ignobles de trafic d’influence et de corruption perpétrées par quelques Conseillers à la Présidence de la République pour imposer un candidat à la présidence de la CENI au mépris des dispositions de la loi organique de 2013 portant organisation et fonctionnement de la CENI», avait dénoncé la plateforme dans une déclaration du 29 Juillet 2020.
Pour commettre leur forfait, des conseillers du Président de la République avaient obtenu un faux procès-verbal de désignation signé par Freddy Bonganga, pourtant n’ayant pas qualité pour représenter l’Educiel. La société civile Educiel avait, néanmoins, obtenu gain de cause quant à la confirmation du PV « frauduleux » de désignation de Dénis Kadima par voie judiciaire.
Après cet échec et réforme de la loi de la Ceni, Denis Kadima sera proposé aux Kimbanguistes. Certains fidèles contactés par la rédaction accusent des membres de famille du représentant légal d’être en connivence avec les conseillers de Félix Tshisekedi. «Dénis Kadima n’est pas Kimbanguiste, nous ne l’avons jamais vu à Nkamba lors des grandes cérémonies. Selon nos informations, il est protestant », affirment-il.
Malgré ce parrainage ambigu, dans les milieux des organisations de la société civile électorale tout le monde s’accorde sur les compétences techniques du candidat de la Présidence de la République. Toutefois, “son choix violerait le critère d’indépendance et d’éthique consacré par la nouvelle loi organique portant organisation et fonctionnement de la Ceni”, révèlent-elles.
Tsieleka.com



