RDC: Accord à 300 millions de dollars entre Kinshasa et Dar es-Salaam : un partenariat stratégique ou une tempête annoncée ?

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Signé en grande pompe le 18 juin dernier à Dar es-Salaam, l’accord logistique entre la République Démocratique du Congo (RDC) et la Tanzanie, estimé à 300 millions de dollars, vise la construction de ports secs pour fluidifier le transit des marchandises dans la sous-région. À Kinshasa, le gouvernement central salue une avancée majeure pour l’intégration régionale. Mais à Lubumbashi, capitale économique du sud-est congolais, le projet fait grincer des dents.

« On ne peut pas parler d’une intégration régionale réussie quand les provinces concernées n’ont pas été consultées », s’indigne un cadre de la Chambre de commerce du Haut-Katanga.

Des concessions foncières opaques et contestées

Selon les termes officiels du partenariat, la Tanzanie a cédé deux terrains à la RDC : Kwala (45 ha) et Katosho (15 ha). En échange, Kinshasa aurait octroyé deux sites : Kasenga (25 ha) et Kasumbalesa (15 ha). Mais selon le gouvernorat du Haut-Katanga, un troisième site, Kasanbondo (35 ha), aurait également été attribué — sans validation provinciale.

Un flou révélateur d’un manque de concertation entre le gouvernement central et l’exécutif provincial dirigé par Jacques Kyabula. lire aussi http://Qu’est-ce qu’un port sec et pourquoi est-ce stratégique pour la RDC ?

300 millions de dollars, mais pour qui ?

L’enveloppe de 300 millions USD annoncée par le cabinet du vice-premier ministre Jean-Pierre Bemba soulève également des interrogations. Aucune entreprise adjudicataire n’a été désignée, et le type de contrat reste inconnu, y compris pour les autorités locales.

C’est une opération financièrement opaque sur des terrains à haute valeur stratégique. Ce manque de transparence est inquiétant », prévient un analyste économique basé à Kolwezi.

Méfiance dans les milieux d’affaires katangais

Du côté de Lubumbashi, la confiance est loin d’être acquise. En 2018, la Tanzanie avait exclu unilatéralement la RDC de la Zone douanière commune (ZDCU) avec la Zambie, paralysant temporairement les flux commerciaux. Et en 2012, elle avait suspendu sans préavis la taxe sur le certificat de destination (50 USD/unité), causant des pertes à l’Ogefrem.

« Nous avons un passif non résolu avec Dar es-Salaam. Il est imprudent de l’ignorer aujourd’hui », estime un ancien cadre de l’OGEFREM.

Une stratégie de riposte au corridor de Lobito ?

Certains observateurs voient dans cet accord une manœuvre géopolitique face à la montée du corridor de Lobito, soutenu par les États-Unis, qui ambitionne de connecter l’Atlantique angolais au cuivre katangais via rail.

Face à cette initiative, Dar es-Salaam chercherait à renforcer sa position en Afrique centrale. Et la Chine, très présente dans les infrastructures en Tanzanie, pourrait jouer un rôle discret dans cette stratégie de rapprochement.

lire aussi :http://Le corridor de Lobito : une nouvelle route pour les minerais congolais

Des promesses ambitieuses mais peu crédibles sans garanties

Selon les projections du ministère des Transports, les ports secs devraient générer 3 000 emplois, renforcer la traçabilité du fret et booster les recettes douanières. Sur X (anciennement Twitter), Jean-Pierre Bemba a salué « une année d’engagement pour l’intégration régionale », appelant à l’accélération du projet de part et d’autre de la frontière.

Mais sur le terrain, la méfiance reste vive.

« Ce genre de projet mérite mieux qu’un discours sur X. Il faut des actes, des garanties contractuelles, et surtout, du respect pour les autorités locales », conclut un élu du Haut-Katanga.

Ce projet de ports secs RDC-Tanzanie a le potentiel de transformer les échanges régionaux, à condition d’être transparent, inclusif et équitablement piloté. Sans quoi, il risque de se transformer en un énième éléphant blanc diplomatique, né d’accords signés à huis clos et déconnectés des réalités de terrain.

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