La situation à Uvira, dans la province du Sud-Kivu, ne se résume plus à une urgence sécuritaire. Elle révèle désormais une crise humanitaire aux lourdes conséquences économiques, au cœur des préoccupations du Gouvernement congolais. C’est dans ce contexte que la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a réuni, le 19 janvier 2026 à Kinshasa, les principaux acteurs étatiques afin de structurer une réponse globale, intégrant la protection des populations et la relance des activités économiques locales.
Les déplacements massifs de populations ont profondément désorganisé l’économie d’Uvira, ville carrefour stratégique pour les échanges commerciaux avec le Burundi et la Tanzanie. Plus de 267 000 personnes ont fui les violences, privant les marchés de main-d’œuvre, paralysant le petit commerce et interrompant les circuits d’approvisionnement. Les secteurs informels, qui constituent la principale source de revenus pour de nombreuses familles, sont quasiment à l’arrêt, aggravant l’insécurité alimentaire et la pauvreté.
Sur le plan humanitaire, cette rupture économique a un impact direct sur l’accès aux biens essentiels. La flambée des prix des denrées de base, la rareté du carburant et la perturbation des services de transport compliquent l’acheminement de l’aide et limitent la capacité des ménages à subvenir à leurs besoins. Les enfants, les femmes et les personnes âgées figurent parmi les plus exposés, notamment les 12 000 enfants non accompagnés recensés.
La réunion gouvernementale a mis en avant la nécessité de lier assistance humanitaire et stabilisation économique. La réhabilitation des postes frontaliers, la relance sécurisée des marchés locaux et le rétablissement des services publics sont perçus comme des leviers essentiels pour favoriser un retour progressif des déplacés et réduire leur dépendance à l’aide d’urgence. Le Gouvernement a insisté sur des évaluations économiques préalables avant tout retour massif, afin d’éviter l’installation de nouvelles vulnérabilités.
Au-delà de l’urgence, l’Exécutif entend prévenir un effondrement durable du tissu socio-économique d’Uvira. La restauration de l’autorité de l’État, combinée à des mesures de soutien aux activités génératrices de revenus, est présentée comme un pilier de la réponse humanitaire. À Uvira, la paix ne se mesurera pas seulement par l’absence d’armes, mais par la capacité des populations à reconstruire leurs moyens de subsistance et à retrouver une vie économique digne.
Olivier Masini



