La Banque africaine de développement (BAD) apporte de nouvelles précisions sur la gestion des 57 millions de dollars américains destinés au Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agrobusiness (PEJAB). Si ces éclaircissements permettent de mieux comprendre les décaissements effectués, plusieurs interrogations demeurent sur l’utilisation finale des ressources et les financements effectivement accordés aux jeunes entrepreneurs congolais.
Dans une correspondance datée du 26 octobre 2026, adressée au ministre d’État à l’Agriculture et à la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, la BAD indique que 32,7 millions d’unités de compte (UC) ont été décaissés sur les 40 millions prévus au titre du prêt. En revanche, 7,27 millions d’UC, soit environ 10 millions USD, ont été annulés faute d’engagement avant la clôture du projet.
Ces précisions permettent de relativiser les accusations portant sur un détournement présumé de l’intégralité des 57 millions USD, montant qui correspond à l’enveloppe globale du programme, incluant la contribution du gouvernement congolais.
Près de 18 millions USD transférés à la Banque centrale
Selon la BAD, 12,93 millions d’UC, équivalant à près de 18 millions USD, ont été transférés à la Banque centrale du Congo (BCC) pour alimenter une ligne de crédit et un mécanisme de garantie bancaire. Les 19,78 millions d’UC restants ont financé les autres activités du programme, notamment son fonctionnement.
Toutefois, l’institution panafricaine renvoie à la BCC pour obtenir des précisions sur les montants effectivement mis à la disposition des institutions de microfinance et ceux encore disponibles.
Cette distinction est essentielle : un décaissement effectué par le bailleur ne signifie pas nécessairement que les ressources ont été intégralement distribuées aux bénéficiaires finaux.
Des alertes antérieures à la controverse parlementaire
La gestion du PEJAB avait déjà suscité des préoccupations au sommet de l’État. Dans une correspondance du 25 novembre 2025, le cabinet du Président de la République avait interpellé le ministre de l’Agriculture sur les retards d’exécution, les plaintes des bénéficiaires et les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du programme.
Ces préoccupations ont refait surface à l’Assemblée nationale, où la députée Hermione Bolumbe Bakando a initié une motion de défiance contre Muhindo Nzangi, après des explications jugées insatisfaisantes.
Devant les élus, le ministre avait affirmé que 1 107 jeunes avaient bénéficié de financements. Un chiffre qui appelle néanmoins des précisions sur les montants réellement octroyés, les entreprises créées et les emplois générés.
L’audit attendu pour établir les responsabilités
Si les chiffres communiqués par la BAD éclairent les mouvements financiers, ils ne permettent ni de confirmer ni d’écarter définitivement d’éventuelles irrégularités. Le rapport d’audit de clôture attendu de la Cour des comptes, ainsi que les données détaillées de la BCC, seront déterminants pour établir la traçabilité des ressources.
Au-delà de la polémique politique, l’enjeu reste de déterminer si les financements mobilisés ont réellement contribué à l’émergence d’entreprises agricoles viables et à la création d’emplois pour les jeunes Congolais.



