Le géant minier suisse Glencore a enregistré une baisse de 52 % de sa production de cobalt au cours des neuf premiers mois de 2026, conséquence notamment des restrictions imposées par la République démocratique du Congo sur les exportations de ce minerai stratégique. Cette situation illustre les effets de la nouvelle politique congolaise de régulation du marché mondial du cobalt, tout en soulevant des interrogations sur les recettes minières, la transformation locale et les perspectives du secteur.
Une production de cobalt divisée par deux en neuf mois
La politique congolaise de régulation des exportations de cobalt commence à modifier les stratégies industrielles des grands groupes miniers. Selon son rapport de production publié le jeudi 29 octobre 2026, Glencore a produit 13 700 tonnes de cobalt provenant de ses propres opérations entre janvier et septembre, contre 28 500 tonnes durant la même période en 2025.
Cette contraction représente une diminution de 14 800 tonnes, soit 52 % sur un an. Au troisième trimestre uniquement, la production s’est établie à 3 500 tonnes, en recul de 20 % par rapport au trimestre précédent.
En RDC, où Glencore exploite notamment les sites de Kamoto Copper Company (KCC) et de Mutanda Mining, les conséquences sont particulièrement visibles. Sa division African Copper a enregistré une production de 11 600 tonnes de cobalt sur les neuf premiers mois, soit une diminution de 56 %. Cette évolution traduit une adaptation des opérations minières au nouveau cadre réglementaire congolais.
Glencore conserve une partie du cobalt au lieu de le commercialiser
Face aux quotas d’exportation, Glencore a choisi de modifier temporairement son processus de traitement du cobalt. Plutôt que de transformer systématiquement le minerai en hydroxyde de cobalt commercialisable, l’entreprise conserve une partie du métal dans des solutions issues du traitement hydrométallurgique.
Cette stratégie lui permet de limiter certaines dépenses de transformation lorsque les volumes susceptibles d’être exportés restent plafonnés. Le cobalt ainsi conservé n’est pas comptabilisé dans les volumes de production déclarés. Glencore prévoit toutefois d’en récupérer la valeur économique lorsque les conditions réglementaires le permettront.
L’entreprise n’a pas communiqué la quantité exacte de cobalt actuellement retenue sous cette forme. Cette absence d’information complique l’évaluation des volumes susceptibles d’arriver ultérieurement sur le marché international.
Les quotas congolais au cœur de la stratégie minière
Premier pays producteur mondial de cobalt, la RDC a suspendu les exportations de ce minerai en février 2025 pour répondre à la surabondance de l’offre et à la faiblesse des prix internationaux.
Depuis le 16 octobre 2025, cette interdiction a été remplacée par un mécanisme de quotas administré par l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS).
Pour 2026 et 2027, le plafond annuel prévu est fixé à 96 600 tonnes, comprenant 87 000 tonnes de quota de base et 9 600 tonnes de quota stratégique, dont l’attribution relève du régulateur.
L’objectif consiste à maîtriser les quantités exportées afin de contribuer à la stabilisation des cours mondiaux. Pour Kinshasa, cette politique représente un instrument de régulation économique important. En contrôlant davantage l’offre disponible, le pays cherche à renforcer son influence sur un marché essentiel à la fabrication des batteries et des équipements électroniques.
Toutefois, son efficacité dépend aussi de l’évolution de la demande internationale et des comportements des producteurs.
Quelles conséquences pour l’économie congolaise ?
La réduction des volumes de cobalt commercialisables présente plusieurs implications économiques pour la RDC. D’une part, une meilleure tenue des prix internationaux pourrait soutenir la valeur des exportations minières et certaines recettes publiques. D’autre part, le ralentissement du traitement ou de la commercialisation du cobalt pourrait différer des revenus pour les entreprises et l’État.
Les effets sur les finances publiques dépendront notamment des volumes effectivement vendus, des prix obtenus et des mécanismes fiscaux applicables. Pour les provinces minières du Lualaba et du Haut-Katanga, la situation mérite également une attention particulière. Les changements dans les opérations industrielles pourraient influencer l’activité des entreprises sous-traitantes, les besoins logistiques et les perspectives d’emploi.
Toutefois, les données publiées par Glencore ne permettent pas d’établir une perte précise de recettes fiscales ni de mesurer un éventuel impact sur les emplois locaux.
La question de la transformation locale demeure également centrale. Le stockage temporaire du cobalt dans des solutions de traitement montre que la maîtrise des exportations ne se traduit pas automatiquement par une augmentation de la valeur ajoutée produite en RDC.
Le cuivre résiste malgré le recul du cobalt
Contrairement au cobalt, la production de cuivre de Glencore affiche une progression.
Sur les neuf premiers mois de 2026, le groupe a produit 598 600 tonnes de cuivre, contre 583 500 tonnes un an auparavant, soit une hausse de 3 %. À périmètre comparable, en excluant certaines fermetures et cessions d’actifs, cette croissance atteint 12 %.
Cette performance résulte notamment de l’amélioration des teneurs du minerai et de l’intensification des opérations minières africaines, ainsi que de meilleures conditions d’exploitation à Antamina, au Pérou.
Glencore maintient ses prévisions de production de cuivre pour 2026 entre 810 000 et 870 000 tonnes, tout en anticipant un résultat proche de la limite inférieure.
À plus long terme, le groupe ambitionne de porter sa production annuelle à 1,6 million de tonnes d’ici 2035, afin de répondre aux besoins croissants liés à l’électrification, aux réseaux électriques et aux infrastructures numériques.
Un enjeu de stabilité pour les recettes minières de la RDC
Malgré les difficultés rencontrées dans le cobalt, Glencore conserve des perspectives financières favorables pour son activité de négoce. Le groupe prévoit un résultat opérationnel ajusté supérieur à 5 milliards de dollars en 2026 pour cette branche. Son directeur général, Gary Nagle, estime que les principaux actifs du groupe ont globalement évolué conformément aux attentes.
Pour la RDC, les résultats de Glencore mettent en évidence un défi majeur : concilier la maîtrise de l’offre mondiale de cobalt avec la continuité des activités industrielles et la préservation des recettes minières.
Le mécanisme de quotas peut contribuer à soutenir les prix, mais son efficacité économique devra être appréciée à travers les revenus effectivement générés, les investissements réalisés et les retombées pour les communautés locales.
À moyen terme, la transparence sur les stocks, la prévisibilité des règles d’exportation et le développement des capacités de transformation seront déterminants. L’enjeu pour Kinshasa ne consiste donc pas seulement à contrôler les quantités de cobalt exportées, mais aussi à convertir sa position dominante sur le marché mondial en bénéfices économiques durables pour la population congolaise.



