Le 2 mars 2019 et 2 mars 2022, trois ans jour pour jour depuis que le Président Félix Tshisekedi lançait le Programme des 100 jours, dans la commune de Limete, un quartier populaire de la ville de Kinshasa acquis à son parti politique, Union pour la Démocratie et le progrès social (Udps). Ce programme d’urgence avait pour but, marqué les 100 premiers jours de son quinquennat, dans un contexte d’une élection contestée par l’opposition politique.
Une cérémonie grandiose fut organisée à la place « Echangeur » de Limete (Kinshasa), devant plusieurs personnalités et militants de l’Udps. Dans la foulée, un budget de 304 097 742 $ a été aligné pour 492 projets. 17 000 emplois sont promis, le nouveau maître de la RDC promet aussi de réhabiliter 3 385,5 Km de route, une centaine d’écoles et des nombreux autres édifices publiques. Que retenir de l’exécution de vaste programme élaboré pour marquer les électeurs de Félix Tshisekedi, trois ans après son arrivée au pouvoir ?
Des traces inimaginables, trois ans après ?
Le programme a été un fiasco total, affirment certains experts. D’après l’observatoire de la dépense publique, une Ong congolaise spécialisée sur les questions des finances publiques, le programme de 100 jours, élaboré pour répondre aux besoins urgents des congolais, a été géré en violation de la loi cadre régissant les finances publiques en RDC. Plusieurs entreprises publiques ont été enrôlées pour appuyer le programme du président. Il y a parmi ces entreprises; le Fonds de promotion de l’Industrie (Fpi), le Fonds national d’entretien routier (FONER), l’OVD etc… «L’ODEP constate que les projets lancés ont une valeur de 2,481 milliards de dollars américains ; 80% des marchés publics passés de gré à gré, des écoles surfacturées et surfinancées », affirme-t-elle dans un rapport publié le 8 janvier 2020.
Au cours de la même période, la Banque Centrale du Congo a indiqué dans son rapport que les opérations de la trésorerie ont été clôturées avec un déficit budgétaire de 255,548 millions USD. À fin septembre 2019, la mauvaise gestion des finances a porté un coup sur les réserves de change, qui se situaient à 869,88 millions d’USD. Elles représentent une couverture d’environ 3 semaines d’importation des biens et services, soit un niveau inférieur au minimum requis de 3 mois d’importations dans le cadre des critères de convergence macroéconomique de la SADC et du COMESA.
lire aussi-lire aussi- Programme de 100 jours: l’ODEP dénonce le surfinancement et la double facturation de certains projets
Un scandale financier d’une ampleur inimaginable, dont l’objectif serait d’asphyxier le trésor public congolais, selon la société civile congolaise. Un rapport de la Direction générale du contrôle des marchés publics (Dgcmp) de 2019, dont copie est parvenue à Tsieleka étale la gabegie financière, qui a eu autour du programme de 100 jours, initié par le président Félix Tshisekedi. “En 2019, la Dgcmp a été sollicitée pour autoriser préalablement 215 demandes d’autorisation spéciale de gré à gré, dont 124 ont été accordées et 91 ne sont pas accordées”, souligne le rapport. L’autorité de contrôle des marchés publics va un peu plus loin en précisant que “ces demandes de gré à gré accordées ont une valeur de 1.294.731.823,18 $”.
Quel impact sur la population ?
L’impact du projet reste démesuré. Quelques traces sont visibles à Kinshasa; les sauts-de-mouton. Un projet, dont le coût total des travaux estimés à 35,5 millions USD au départ pour la construction de 8 sauts-de-mouton est passé à 40,8 millions USD. Même le délai est passé de 3 à plus de 12 mois, a affirmé le Ministre des infrastructures et travaux publics, le 19 novembre 2020 devant la commission économique et financière de l’assemblée nationale. “Ces infrastructures de prestige présentent à ces jours des fissures, surtout celles construites dans le district de la Tshangu, sur le boulevard Lumumba à Kinshasa”, d’après les témoignages de la population recueillis par la rédaction.
Dans plusieurs provinces, l’on se demande où est passé ce programme d’urgence. Des provinces du grand Bandundu, grand Equateur, province oriental, … des infrastructures promises par Félix Tshisekedi n’ont pas connu un début d’exécution en termes de réhabilitation ou de construction. “Pour minimiser le fiasco, quelques activités ont été intégrées dans le plan national stratégique du développement (PNSD)”, indique une source du ministère du plan. Toutefois, leur exécution peine à être amorcé. Du côté du ministère des infrastructures, des experts affirment que ce programme a été remplacé par le projet « Tshilejelu » et « Zéro Trou », puis “programme de 145 territoires” en cours de mise en œuvre. Là aussi, Félix Tshisekedi a des difficultés à marquer ses électeurs.
Le programme des 100 jours a aussi montré une nouvelle image de l’administration congolaise. Un procès en grand pompe fut organisé pour punir sévèrement des personnalités impliquées dans la malversation financière. En tête de liste, Vital Kamerhe, ancien directeur de cabinet de Félix Tshisekedi a été condamné à 20 ans de travaux forcés pour détournement de quelques 50 millions de dollars. A côté de lui, il y a Benjamin Wenga ex-Directeur Général de l’Office des voiries et drainage (OVD) et Modeste Makabuza de la SOCOC (Société congolaise de construction), condamnés pour détournement de 30 millions de dollars. Tous ont obtenu une grâce présidentielle et sont en liberté. Toutes ces libérations sans remboursement des fonds publics détournés ont provoqué des indignations des acteurs des organisations de la société civile, sans que les fonds détournés soient restitués à la caisse de l’Etat.
L’exécution financière marquée par le décaissement de plus de 400 millions décaissés par l’Etat, selon un rapport de la Banque centrale du Congo de 2019, sans produire de résultats.
Valéry Bakutweni



