RDC: après appréciation du francs congolais, Daniel Mukoko Samba propose 4 pistes pour maitriser le taux de change

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Pour maitriser le taux de change sur le marché monétaire, le 20 juillet 2023, la Banque Centrale du Congo est intervenue à concurrence de 150 millions US$, un niveau trois fois supérieur à celui de sa précédente intervention au mois de juin. La réaction du marché a été quasi immédiate, mais il est invraisemblable que la BCC maintienne longtemps ce niveau d’intervention. Le taux de change a basculé sur le marché de 2600 FC à 2200 FC pour 1 dollar. A l’indicatif, le taux est fixé à 2.402 FC pour 1 dollar

Dans une analyse publiée le 30 juillet 2023, le professeur Daniel Mukoko Samba épingle des nombreux problèmes à la base de la fragilité du taux de change en RDC. Ce dernier revient sur l’épineuse question de la mauvaise gestion des finances publiques et l’absence d’une meilleure coordination pour anticiper et freiner le choc extérieur sur le marché. “Le gouvernement n’a procédé ni à la révision du budget 2023 pour l’adapter aux conditions réelles d’exécution, ni à mettre en œuvre un véritable plan d’assainissement des dépenses pour tenir compte de l’évolution des recettes (excepté la mesure de suspension du paiement de la dette intérieure prise début février 2023). Le manque de coordination entre le Trésor et la BCC a laissé éclater les pressions qui ont conduit à la dépréciation accélérée de la monnaie nationale entre juin et juillet 2023”, a-t-il relevé.

Pour mettre fin à cette situation, Daniel Mukoko samba suggère trois pistes de solutions :

1. Pour une économie comme la nôtre aussi vulnérables aux chocs des prix extérieurs, il faut toujours anticiper en tenant compte de l’évolution de l’économie mondiale. À ce sujet, il faut rappeler que le Cadre d’action intégré du FMI suggère aux pays sous-développés qui pratiquent un régime de change flexible de laisser la monnaie nationale se déprécier en cas de choc exogène afin d’absorber les chocs et de susciter la substitution des biens importés par des biens locaux. Cet argument est théoriquement correct mais il est difficilement défendable dans une économie où les pressions sur le taux de change se traduisent immanquablement par l’augmentation des prix des denrées les plus indispensables pour la majorité des ménages. Dans le cas d’espèce, je voudrais suggérer que les experts congolais ne se limitent pas à observer les cours des matières brutes (cuivre et cobalt), mais qu’ils simulent l’effet de ces évolutions sur le cours de change et sur les termes de l’échange.

2. Une meilleure coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire est indispensable. Le cadre pour cet exercice existe. Il s’agit du Comité de Conjoncture Économique présidé par le Premier ministre. Si cette réunion hebdomadaire est préparée avec minutie avec des cibles politiques bien précises, elle peut produire de bons résultats. La réunion devrait, entre autres choses, examiner régulièrement le niveau et la composition du budget en devises du Trésor, le stock et les conditions de rémunération des bons BCC, le financement du déficit budgétaire courant, l’affectation des recettes exceptionnelles.

3. Nécessité d’un vrai programme d’assainissement budgétaire. Même si la période pré-électorale ne se prête pas bien à des décisions budgétaires courageuses, il faut bien que cette question de la qualité de la dépense soit traitée de manière plus efficace. Dans tous les cas, des actions vigoureuses sont nécessaires sur les dépenses de fonctionnement des institutions (10% des dépenses à fin mai 2023) et des rémunérations. En ce qui concerne les rémunérations, dans l’immédiat, il est possible de normaliser les rémunérations des agents des établissements publics qui dépendent quasi totalement du Trésor, le report de la budgétisation des rémunérations et des frais de fonctionnement des établissements publics créés en cours d’exercice budgétaire, la rationalisation des primes des agents de la fonction publique, la rationalisation des missions de service.

4. Optimiser la gestion de la trésorerie de l’État. Il s’agit d’améliorer les prévisions des recettes et des dépenses et ceci passe par le renforcement de la fonction de pilotage de cet exercice hautement technique. C’est la raison d’être de la nouvelle Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP), un service public placé sous l’autorité directe du Ministre des Finances avec pour missions d’assurer l’exécution des dépenses et de suivre les recettes recouvrées par les administrations financières, de définir la politique financière de l’État à travers la gestion de la trésorerie et le suivi de l’endettement du pouvoir central, des provinces, des Entités Territoriales Décentralisées et des organismes auxiliaires, et d’assurer la réglementation, la tenue et la centralisation de la comptabilité et des flux financiers du pouvoir central, des provinces et Entités Territoriales Décentralisées ainsi que des organismes auxiliaires. Les animateurs de ce service public ayant été nommés par le Président de la République, il est urgent que la DGTCP assure pleinement ses missions, ce qui permettrait enfin de mettre en œuvre l’une des réformes les plus attendues, le Compte Unique du Trésor (CUT). La DGTCP et la Direction générale des Politiques et Programmation Budgétaire (DGPPB) au sein du ministère du Budget sont destinés à devenir les fleurons d’une gestion plus technocratique de l’État congolais. Ce n’est que grâce à une gestion technocratique que l’on pourra insuffler dans la gestion de la trésorerie les principes de précaution, d’anticipation, et de rigueur. La gestion des finances de l’État exige aujourd’hui, plus que jamais, une vraie professionnalisation de la gestion de la trésorerie.

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