Le lancement des nouvelles plaques d’immatriculation sécurisées en République démocratique du Congo, effectif depuis le 6 janvier 2026, révèle un enjeu économique majeur pour les finances publiques. Selon un communiqué de la coalition Le Congo N’est Pas À Vendre (CNPAV), le marché des plaques minéralogiques représente pourtant un levier financier majeur pour les recettes non fiscales encore mal exploité par l’État congolais
Avec un parc automobile estimé à près de trois millions de véhicules, la simple opération de remplacement généralisé des plaques, à un coût moyen de 100 dollars par véhicule, pourrait générer plusieurs centaines de millions de dollars. À titre illustratif, une commande officielle de 100 000 paires de plaques constitue déjà un enjeu financier de plusieurs dizaines de millions USD, révélant un potentiel économique considérable pour le Trésor public.
Cependant, selon le CNPAV, ce potentiel est aujourd’hui largement capté par des mécanismes opaques. Le prix de production unitaire d’une plaque serait estimé à environ 30 USD, alors que la part contractuelle accordée au fournisseur atteindrait 65 USD, laissant une marge importante à des intermédiaires privés, au détriment des finances publiques.
Dans ce montage, la part revenant directement au Trésor n’augmenterait que marginalement, passant de 35 à 36 USD par plaque.
Le communiqué souligne également l’absence de traçabilité claire des recettes issues des immatriculations dans la loi de finances 2026. Les revenus officiellement projetés, évalués à seulement 2,2 millions USD pour plus de 65 000 requérants, contrastent fortement avec le potentiel réel du secteur, révélant un manque à gagner significatif pour l’État congolais.
Au-delà de l’aspect technique, la question des plaques minéralogiques s’impose donc comme un enjeu économique et de gouvernance. Une réforme bien conduite pourrait renforcer les recettes non fiscales, améliorer la soutenabilité budgétaire et réduire la pression fiscale sur les contribuables. À l’inverse, le maintien de pratiques opaques risque de perpétuer un modèle où une ressource publique à fort rendement bénéficie davantage à des intérêts privés qu’à l’économie nationale.
Pour la CNPAV, seule une gestion transparente, concurrentielle et conforme à la loi permettra de transformer le marché des plaques d’immatriculation en véritable moteur de recettes au service du développement de la RDC.
Olivier Masini



