La loi de finances 2026 marque une étape importante dans la stratégie de diversification des ressources publiques en République démocratique du Congo. Les recettes non fiscales sont projetées à 7.067,1 milliards de francs congolais, soit environ 2,4 milliards de dollars américains, en hausse de 4 % par rapport à 2025. Une progression modérée mais significative, qui traduit la volonté du Gouvernement de réduire progressivement la dépendance exclusive aux recettes fiscales traditionnelles.
Derrière cette dynamique chiffrée se cache toutefois une réalité contrastée, mêlant potentiels élevés et contraintes structurelles persistantes.
Au cœur du dispositif figure la Direction Générale des Recettes Administratives, Domaniales et de Participations (DGRAD). À elle seule, cette régie concentre 5.932,0 milliards de CDF des recettes non fiscales attendues en 2026. Ce poids confirme son rôle central dans la mobilisation des revenus issus des services publics, des redevances administratives et de la gestion du patrimoine de l’État.
Mais cette centralité expose aussi les limites du système. La DGRAD reste confrontée à des défis majeurs : digitalisation encore incomplète, failles de traçabilité, complexité des circuits de collecte et risques de fuites financières. L’atteinte des objectifs budgétaires dépendra donc davantage d’une amélioration de la gouvernance et de la performance que de la création de nouvelles redevances.
Autre levier stratégique : les royalties minières issues du contrat sino-congolais révisé, estimées à 939,7 milliards de CDF. Ces recettes renforcent le budget de l’État, mais leur caractère cyclique constitue une source de vulnérabilité. La volatilité des cours internationaux et les variations de la production minière rendent ces revenus incertains, en l’absence de mécanismes de stabilisation adaptés.
La loi de finances 2026 intègre également 1.511,1 milliards de CDF de recettes exceptionnelles, principalement liées aux emprunts intérieurs. Si ces ressources permettent de répondre à des besoins immédiats de trésorerie, elles soulèvent des préoccupations sur la soutenabilité de la dette publique et ne sauraient remplacer des sources structurelles de financement.
Pour les autorités, le défi dépasse la simple diversification. Il s’agit d’engager une transformation profonde de la gestion publique : digitaliser intégralement les régies financières, clarifier les tarifs administratifs, mieux valoriser le patrimoine de l’État et renforcer la transparence des contrats extractifs.
En 2026, les recettes non fiscales ne seront pas seulement un indicateur financier. Elles constitueront un véritable test de gouvernance et de crédibilité budgétaire pour l’État congolais, appelé à concilier ambition économique et rigueur institutionnelle.
Olivier Masini



