RDC : Tensions accrues entre le régulateur minier et le gouvernorat du Lualaba autour de l’exploitation artisanale

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Photo: Usine de Kamo-kakula au Lualaba

La province du Lualaba, au cœur du bassin cuprifère congolais, est secouée par un bras de fer institutionnel inédit entre le Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE) et le gouvernorat dirigé par Fifi Masuka Saini. Ce conflit, particulièrement virulent ces dernières semaines, met en lumière les défis de gouvernance et les enjeux économiques liés à l’exploitation artisanale des ressources minérales en RDC.

Au centre de la polémique se trouvent une série de courriers échangés entre Jean-Paul Kapongo Kadiobo, directeur général du SAEMAPE, et les autorités provinciales. Dans ces correspondances, Kapongo Kadiobo accuse ouvertement la gouverneure de commettre de « graves dérives » dans la gestion du secteur. Il dénonce notamment l’établissement irrégulier de coopératives minières non conformes, avec des procédures contournant les cadres légaux et réglementaires en vigueur.

Selon plusieurs sources, les tensions ont été attisées par des avis techniques controversés émis par les services provinciaux, favorisant certains exploitants artisanaux à opérer sur des concessions privées sans respect strict des normes et des droits de propriété. Des élus provinciaux ont même qualifié le comportement de certains responsables locaux d’« insubordination », suggérant que ces actes fragilisent l’autorité et la réglementation provinciale.

Cette crise institutionnelle intervient dans un contexte déjà tendu : fin janvier 2026, des blocages et manifestations ont éclaté sur plusieurs sites miniers de Kolwezi, impliquant des creuseurs artisanaux mécontents des restrictions d’accès imposées sur certains périmètres. Ces manifestations avaient entraîné des violences et des pertes humaines, soulignant le impact direct des décisions administratives sur la stabilité sociale et l’activité économique locale.

La société civile locale s’inquiète aussi de la situation. Des organisations de la société civile alertent sur le risque que ce conflit institutionnel puisse décourager les investisseurs et déstabiliser l’économie provinciale, déjà fragile face aux fluctuations mondiales des prix des minerais. Elles soulignent l’importance d’un cadre réglementaire clair et d’une coordination harmonieuse entre les autorités provinciales et les services nationaux d’encadrement.

De son côté, la gouverneure Fifi Masuka a tenté de désamorcer les tensions en promettant la mise en place d’une commission spéciale chargée de clarifier les modalités d’accès et de régulation des sites miniers. Elle a également autorisé temporairement certains creuseurs à reprendre leurs activités, une mesure destinée à apaiser les protestations et éviter une crise sociale prolongée.

Ce conflit institutionnel entre le SAEMAPE et le gouvernorat du Lualaba illustre les défis structurels de la gouvernance du secteur minier artisanal en RDC : concilier respect du droit des propriétaires, protection des exploitants artisanaux, attractivité pour les investisseurs et cohérence des cadres réglementaires demeure un exercice délicat. La manière dont cette situation sera résolue pourrait servir de précédent pour d’autres provinces confrontées à des enjeux similaires. 

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