La République démocratique du Congo fait face à un nouveau défi dans la mise en œuvre de son programme économique conclu avec le Fonds monétaire international (FMI). Malgré des avancées dans certaines réformes, l’évaluation récente du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC) révèle plusieurs contre-performances budgétaires et des retards dans des réformes jugées essentielles par les partenaires financiers internationaux.
Selon les conclusions des discussions techniques tenues en mai 2026, trois objectifs budgétaires majeurs n’ont pas été atteints au cours de l’exercice 2025.
Le premier concerne le déficit budgétaire intérieur. Alors que le programme prévoyait un déficit limité à 2.987 milliards de francs congolais à fin décembre 2025, les dépenses ont finalement porté ce déficit à 4.655 milliards de francs congolais, soit un dépassement de plus de 55 %. Cette situation reflète les fortes pressions exercées sur les finances publiques, notamment en raison des dépenses sécuritaires et des contraintes liées au fonctionnement de l’État.
Le deuxième indicateur concerne les dépenses sociales. Le FMI avait fixé un niveau minimum de 135 milliards de francs congolais pour financer des secteurs prioritaires tels que la santé, l’éducation et les infrastructures sociales. Toutefois, les dépenses effectivement réalisées n’ont atteint que 95,6 milliards de francs, soit environ 71 % de l’objectif prévu.
Le troisième écart relevé concerne les dépenses exécutées selon la procédure d’urgence. Alors que le gouvernement s’était engagé à maintenir ce type de dépenses sous le seuil de 8 % du total des dépenses publiques, celles-ci ont atteint 17,4 %, soit plus du double de l’objectif fixé. Pour le FMI, cette situation soulève des préoccupations en matière de gouvernance budgétaire, de transparence et de contrôle des dépenses publiques.
Au-delà de ces indicateurs financiers, plusieurs réformes structurelles accusent également un retard important. Parmi elles figure la réforme de la gouvernance des entreprises publiques, soutenue par la Banque mondiale. Celle-ci vise notamment à instaurer un système transparent et fondé sur le mérite pour le recrutement des dirigeants des entreprises du portefeuille de l’État.
Bien que le ministère du Portefeuille ait adopté en mars 2026 un arrêté allant dans ce sens, les partenaires internationaux estiment que les progrès restent insuffisants.
Une autre réforme attendue concerne l’application effective de la loi relative à l’impôt sur le revenu des personnes physiques ainsi que les mécanismes de déclaration du patrimoine des responsables publics. Prévue depuis décembre 2025, cette réforme n’est toujours pas pleinement mise en œuvre.
Selon plusieurs sources proches des discussions avec les bailleurs de fonds, ces retards auraient contribué au blocage d’environ 400 millions de dollars d’appuis budgétaires extérieurs destinés à la RDC.
Cette situation a déjà des conséquences sur les investissements publics. Les ressources extérieures destinées au financement des projets ont chuté de 64 %, passant de 11.366 milliards à 4.075 milliards de francs congolais dans le projet de loi de finances rectificative 2026.
Pour le FMI, la poursuite harmonieuse du programme dépendra de la capacité du gouvernement à renforcer la discipline budgétaire, accélérer les réformes de gouvernance, protéger les dépenses sociales et restaurer la confiance des partenaires financiers. Ces efforts seront déterminants pour préserver la stabilité macroéconomique du pays et garantir l’accès aux financements concessionnels nécessaires au développement de la RDC.



